PSYCHOTHÉRAPIES

INTERVIEW DE BRUNO DAL-PALU, PRÉSIDENT DE PSY EN MOUVEMENT : UNE LOI INIQUE

Bruno Dal-Palu, bonjour, vous êtes le Président de PsY en mouvement et, à ce titre, sans doute le mieux placé pour nous parler de cette loi que vous qualifiez d’inique concernant les psychothérapeutes, pouvez-vous nous en retracer l’historique ?



BDP : En effet je fus celui qui, en octobre 2003, a dénoncé l’Amendement que Monsieur Accoyer faisait voter en catimini à l’unanimité de l’Assemblée nationale pour ne donner le titre de psychothérapeutes qu’aux seuls médecins…Et le lendemain du vote, je lançais un appel à la mobilisation avec une opération intitulée « Touche pas à mon psy ! ». Pour faire court, rappelons que cette mobilisation a pris de l’ampleur médiatique attendue le jour où Jacques-Alain Miller et derrière lui la plupart des psychanalystes ont rejoint le mouvement, ce qui permit que ce texte soit néanmoins re-toqué par le Sénat. Dès lors, ce texte fut l’objet de moult rédactions durant la navette parlementaire, jusqu’à la CMP (Commission mixte paritaire) qui ajouta au dernier moment que le Décret d’application devrait être fait en accord avec le Conseil d’Etat. C’est précisément grâce à cette précision que ce qui est devenu l’Article 52 sur « l’usage du Titre de psychothérapeute » promulgué en 2004 est demeuré inapplicable malgré huit versions du Décret d’application… Or, l’Article 52 aurait pu être appliqué du premier coup par Xavier Bertrand, alors Ministre de la santé, qui proposait un texte respectant l’esprit de la loi et donnant le Titre aux quatre professions de psys. Mais ce dernier a reculé devant le lobbying universitaire, ce que l’histoire déterminera sans doute comme dommageable pour tous. Sous la pression d’Accoyer devenu Président de l’Assemblée nationale et pour sortir de cette impasse, le gouvernement, après nous avoir assuré du contraire en ce début d’année 2009, nous a refait le coup de l’Amendement Accoyer le 5 mars 2009 dans la nuit, en introduisant, sans vergogne, dans une loi sur la réforme hospitalière, une sorte de cavalier législatif, lequel a abouti à ce qu’il convient d’appeler désormais l’Article 91. Ce texte valide désormais l’OPA des autres professions de psy sur le Titre des psychothérapeutes spécialisés.



Quelle est votre lecture de cet Article 91 ?

BDP : Tout d’abord, notons que cet Article 91 modifie les deux derniers alinéas de l’Article 52 mais conserve les deux premiers, c’est pourquoi je préfère parler pour la lisibilité du propos d’Article 52/91. Cet article de loi indique très précisément que seront écartés de leur Titre tous ceux et celles qui ont fait la noblesse de ce Titre et de cette profession de Psychothérapeute, par la richesse et le foisonnement de méthodes, d’outils, d’approches, mais aussi son accès par la démarche d’éducation et de formation populaire, pour des personnes en reconversion professionnelle. C’est ubuesque ! Par exemple, aujourd’hui, un psychiatre n’a pas le droit, selon son Conseil de l’Ordre de mettre sur sa plaque : Psychiatre-Psychothérapeute ; il doit mettre Psychiatre et en dessous, psychothérapie, alors que le Psychothérapeute lui peut mettre ce titre. Si l’Article 91 entre en vigueur, le psychiatre pourra ajouter psychothérapeute à son titre, mais le Psychothérapeute ne le pourra plus, il devra mettre psychothérapie. Ainsi, pour le public, les Psychothérapeutes, dont le titre sera soit disant garanti par l’Etat, seront ceux qui pratiqueront la psychothérapie en plus de leur activité pour laquelle ils ont un diplôme ; et ceux qui se sont formés exclusivement à la psychothérapie, souvent au prix de gros investissements personnels, n’auront plus le droit de porter le Titre.



Cela veut-il dire que les Psychothérapeutes ne pourront plus exercer sous ce Titre, ou devront-ils changer de nom de praticien ?

BDP : C’est ce que vise cette loi, mais comme elle ne porte que sur « l’usage du Titre » et pas sur la pratique, il y aura donc toujours des praticiens de la psychothérapie. Pour autant, j’estime qu’il serait catastrophique pour eux d’exercer sous un autre nom, car ils seraient identifiés ipso facto comme des psychothérapeutes de seconde zone, voire comme des charlatans. C’est ce que cherche à faire le législateur… Je pense que les vrais Psychothérapeutes doivent montrer leur capacité à se mobiliser et à rebondir, pour continuer d’exercer sous ce Titre. 



Qu’entendez-vous par « vrai psychothérapeute » ? Comment Mr ou Mme tout le monde pourra-t-il les reconnaître ? Y a t-il une charte de qualité ou sont-ils répertoriés sur une liste par une fédération ?

BDP : Je parle des vrais psychothérapeutes, pour qualifier ceux qui ont eu une formation véritable à des méthodes de psychothérapies et pas seulement une formation à la psychopathologie, qui est certes nécessaire mais pas suffisante pour exercer ce métier. Notre fédération tente de repérer ces « vrais psychothérapeutes » par un processus de qualification qui permet au public de les identifier sur l’annuaire en ligne de PsY en mouvement. Lesquels thérapeutes sont bien entendus engagés sur une charte déontologique et de qualité des soins, et dont notre fédération garantie la pratique.



Pourquoi les psychothérapeutes seraient-ils ainsi pénalisés et pas les autres professions de psys, notamment les psychanalystes ?

BDP : Vous avez raison, c’est précisément en cela que cette loi n’est pas juste. D’ailleurs, si elle est appliquée en l’état, nous ferons un recours devant la Cour européenne de justice, puisque nous avons épuisé, en cinq ans de bataille, toutes les modalités juridiques françaises. Ce qui est particulièrement injuste c’est que les psychanalystes qui pendant des années ont vomi sur la psychothérapie, vilipendé sa pratique sous prétexte qu’elle « ramenait au pire », lui trouvent aujourd’hui toutes les vertus. Alors même qu’un psychanalyste « ne s’autorise que de lui-même » ce qui se traduit en langage Accoyer « qu’il lui suffit d’avoir une perceuse pour mettre sa plaque », ce qui fut, je le rappelle, le principal argument pour légiférer sur le titre de Psychothérapeute ; ce serait donc celui-là même qui aurait le double-titre : psychanalyste-psychothérapeute. Sans compter que sur le plan théorique, cela revient à favoriser un des courants de la psychothérapie au détriment des autres. 

Et, qu’allez-vous faire maintenant ?

BDP : Par principe, je continuerai le combat pour soutenir les vrais psychothérapeutes victimes de cette OPA. Personnellement, je ne suis pas concerné : étant psychologue clinicien et de surcroît Docteur en études psychanalytiques, je serai Psychothérapeute selon l’Article 91 à double-titre. Mais, je ne supporte pas l’injustice et l’absurdité et à plus forte raison la bêtise d’Etat. Ainsi, dans ce contexte de crise où l’heure est à préserver l’emploi, le gouvernement vient de porter atteinte à la crédibilité des cabinets de psychothérapeutes qui assurent un service public qui rapporte à la nation, sans coûter un seul centime à la Sécurité Sociale. Avec ce texte, non seulement il va perturber le repérage du public dans le champ psy, mais fomenter des revendications de remboursements de séances de psychothérapie et creuser encore davantage le déficit de la France. Lors de notre Controverse de crise le 4 Avril à Paris, j’ai dévoilé notre stratégie pour conserver notre Titre et l’attribuer à ceux qui ont fait de la psychothérapie leur métier et pas simplement une pratique ajoutée. Nous continuerons ce combat avec le mot d’ordre suivant : « Nous ne changerons pas nos plaques ! ».



Quelles formes va prendre cette nouvelle bagarre ?

BDP : Dans un premier temps, cela prendra la forme d’un rassemblement le 2 octobre à Paris, pour sonder la base sur la capacité de celle-ci à une résistance civile à l’Article 52/91. Ce Colloque au FIAP (voir notre site : http://www.psy-en-mouvement.com ), sera l’Envers des Controverses sur la psychopathologie que nous organisons chaque année. Ce sera un Colloque de Consensus sur la stratégie que devront adopter les psychothérapeutes à court terme dans l’attente de sortie du Décret et ensuite à moyen terme selon les versions possibles du Décret. Pour que cette résistance soit consensuelle, il faudra un mouvement collectif de tous les psychothérapeutes qui commencera par une mobilisation militante pour défendre leur Titre, ce 2 octobre, phase préalable à notre ultime combat pour tester les potentialités de mobilisation de la profession. Si cette mobilisation ne se fait pas massivement le 2 octobre à Paris, tant par les présents que par les souscripteurs, je considèrerai que la majorité des psychothérapeutes aura fait le choix de battre en retrait pour choisir de continuer d’exercer sous un autre nom, au risque d’être mis en marge du champ de la psychothérapie. Dans le cas contraire, ils pourront compter sur PsY en mouvement et son Président, pour rassembler et protéger tous les Psychothérapeutes de notoriété publique, si fiers de leur pratique et de leur Titre, qu’ils n’en changeront pas leur plaque.

 

 

 

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 LE SÉNAT RATIFIE L’ENCADREMENT DU TITRE DE PSYCHOTHÉRAPEUTE

Dépêche AFP du 5 juin 2009

Les sénateurs ont ratifié vendredi, dans le cadre du projet de loi “Hôpital, patients, santé, territoires” l’encadrement du titre de psychothérapeute par l’obligation d’une formation de haut niveau dispensée dans des établissement agréés.

Cette mesure a été introduite par Roselyne Bachelot (Santé) par le bais d’un amendement à son projet de loi lors de la première lecture à l’Assemblée nationale.

Le texte prévoit donc une formation théorique et clinique en psychopathologie clinique accessible aux “titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse ou Doctorat de médecine”.

   Les sénateurs ont toutefois adopté un amendement PS, sous-amendé par un sénateur UMP, Alain Vasselle (Oise), stipulant que “le diplôme de niveau master peut être délivré par un établissement d’enseignement supérieur dans le cadre de la validation des acquis de l’expérience”.

 

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De l’incantation comme mode de réflexion et de gestion

 

« Opinions publiques, paresses privées. » Nietzsche

 

Nous étions une trentaine, ce samedi 19 avril 2008, à Toulouse, pour réfléchir sur le phénomène des « sectes » en France. C’est peu au regard de la tâche à accomplir et c’est beaucoup devant le matraquage médiatique auquel nous sommes soumis chaque jour en France et qui altère notre jugement sur la question des groupes minoritaires. Notre société a tellement élevé la sécurité, c’est-à-dire la volonté d’être assuré contre tout, même contre la vie et contre soi-­même, au rang d’idéal, qu’il est  très difficile de rester lucide.

 

Ne nous leurrons pas, le terme de « secte » fait peur, il possède une auto-justification, à peine est-il prononcé, et l’action incessante des associations de lutte « anti-sectes » jointe à celle des parlementaires et souvent des médias donne une pseudo crédibilité ou justification à cette expression.

 

I - Du particulier … au social

 

1) Le particulier

 

« Psychanalyste depuis 40 ans, Claude David se trouve aujourd’hui en liberté conditionnelle, assigné à résidence avec interdiction de circuler en Midi-Pyrénées, de rencontrer certaines personnes et d’exercer sa profession. Cette mise à l’écart qui prend des allures de « quarantaine » signe bien le fond du débat : il y a infection ! Mais où se trouve le germe ?

Dans la psychanalyse elle-même ! Car l’instruction pose la question en ces termes :

 

 « Est-ce que la psychanalyse est une technique propre à altérer le jugement des personnes et donc relève de la loi anti-sectes ? »  

 

La psychanalyse serait accusée d’être en réalité une méthode d’influence sur les gens, qui viserait à manipuler leur esprit et leurs pensées dans le but dissimulé de leur extorquer quelque chose. Vu sous cet angle, du psychanalyste au « gourou » il n’y a qu’un pas, il est vite franchi lorsque le psychanalyste en question ne pratique pas exclusivement en cabinet privé, en ville, mais qu’il appartient au mouvement de psychothérapie et psychanalyse institutionnelle qui fait entrer la dimension du groupe dans le processus de guérison. »[1]

 

En ce sens le procès de Claude David devient emblématique car cette attaque rejoint toutes celles qui fleurissent depuis quelques années amplement relayées par les médias. La « critique » de fond peut se résumer en quelques lignes : la psychanalyse ne serait pas scientifique au contraire des sciences cognitivistes ; une cure analytique est longue au contraire des protocoles réalisés par ces nouvelles sciences du comportement qui peuvent vous délivrer d’une phobie ou d’une obsession en 10 séances !

 

En février 2004, dans une enquête de l’Inserm, on peut lire :

 

« Dans le cadre du plan santé mentale mis en place par le ministère de la Santé en 2001, la DGS a souhaité disposer d’un état de lieux de la littérature internationale sur les aspects évaluatifs de différentes approches psychothérapiques.

Pour répondre à cette demande, l’Inserm a, dans le cadre de la procédure d’expertise collective, réuni un groupe d’experts comprenant des psychiatres, psychologues, épidémiologistes et biostatisticiens... »

 

L’intention est claire dès cet avant-propos du rapport de synthèse, aucun psychothérapeute ou psychanalyste n’est sollicité pour faire partie de ce groupe d’« experts. » Continuons :

 

«  Le choix d’une mesure d’efficacité est sûrement le point méthodologique le plus important. En effet, d’une part il est nécessaire de résumer cette efficacité au moyen d’une seule variable alors que généralement l’efficacité thérapeutique comporte plusieurs facettes (intégrant notamment les effets secondaires) ; d’autre part, la définition même de cette efficacité pose souvent problème […] Quoiqu’il en soit, ces mesures doivent être validées avec précaution à l’aide d’une méthodologie adaptée, pour l’essentiel issue de la psychométrie. »[2]

 

Dans cette étude, toute psychothérapie, toute psychanalyse doit entrer dans les cadres d’évaluation « scientifiques » dont se prévalent les TCC (les thérapies cognitivistes et comportementales), mais comment mesurer et avec quels instruments, la véracité d’une parole personnelle ? 

 

En septembre 2005, paraît  le « Livre noir de la psychanalyse » dont certains médias se font  complaisamment le relais :

 

Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les médias à se méfier des traitements psychanalytiques. Le titre est d’ailleurs éloquent : l’expression “livre noir” renvoie à « l’existence de complots ou de massacres occultés. » L’idée de “penser sans Freud” signifie clairement que la pensée freudienne ne doit pas être enseignée puisqu’elle est une fausse science. Devons-nous rappeler qu’elle figure au programme du baccalauréat et qu’elle appartient à l’histoire de la culture occidentale ?

« Les patients sont invités à quitter leurs thérapeutes pour rejoindre ceux qui, aujourd’hui, seraient les seuls à pouvoir guérir l’humanité de ses problèmes psychiques : les thérapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC). Cette proposition laisse entendre que la psychanalyse serait dénuée de tout savoir clinique… Les psychothérapeutes de toutes tendances sont accusés d’être les valets de la fausse science freudienne et les émules de ses représentants. Ils sont appelés à rejoindre les rangs de la véritable science (TCC) et de se détacher des freudiens obscurantistes. » [3] C’est éradiquer, supprimer complètement l’apport de Freud et de Lacan. 

Plus récemment le 11 avril 2008, le journal La Croix publiait une série d’articles, sur la psychanalyse, deux sont à relever. Le premier intitulé : « Freud et l’orgueil humain » dans lequel on peut lire : « Si Freud a tout faux, …c’est parce qu’il est fou. Cette folie est celle d’un homme atteint de mégalomanie galopante qui veut persuader les autres, comme il s’est persuadé lui-même, qu’il est un des plus grands génies que l’humanité ait connus…» Sans commentaires !

Le deuxième, d’un psychanalyste connu : « Le théâtre du dormeur », dans lequel celui-ci nous apprend que « la voie royale de l’inconscient » contrairement à ce qu’écrivait Freud n’est pas le rêve, qu’il faut interpréter, mais «  la manière dont le patient porte son corps et exprime ses sentiments sur son visage. » C’est revenir en arrière, avant la psychanalyse, avant Freud et Lacan, c’est la réapparition de la toute puissance de l’image, en lieux et places de la parole ! Félicitations Monsieur Nasio !      

 

Mais si nous remontons encore quelques années, jusqu’au 26 avril 2000,  le branle-bas de combat fut donné, d’une certaine manière, par le législateur. Monsieur Accoyer, qui reprenant des critiques issues des associations « anti-sectes », déposait une proposition de loi : « Relative à la prescription et à  la conduite des psychothérapies » où comment protéger le public contre les risques d’infiltration de ces thérapies par les sectes.[4] 

 

 

 

Exposé des motifs (extraits) :

 

 « Mesdames, Messieurs : En l’absence de disposition du code de la santé publique concernant l’usage des psychothérapies, quiconque le souhaite actuellement peut actuellement « visser sa plaque » et prétendre « soigner. »

D’une part, cette situation favorise les risques sanitaires. De trop nombreuses personnes insuffisamment qualifiées, voire non qualifiées se proclament elles-mêmes « psychothérapeutes » pouvant faire courir de graves dangers à des « patients » qui par définition sont vulnérables et risquent de voir leur détresse ou leurs pathologies aggravées. D’autre part la situation actuelle facilite l’usage détourné de ces techniques à des fins de manipulation. Ainsi, le rapport interministériel de lutte contre les sectes remis en février 2000 au Premier Ministre signale que certaines techniques psychothérapiques sont devenues un outil au service de l’infiltration sectaire et il suggère au secrétariat d’Etat à la Santé de cadrer ces pratiques. C’est la raison pour laquelle j’avais d’ores et déjà déposé le 13 octobre 99 avec 81 collègues une proposition de loi n° 1844 visant à réserver l’usage du titre de psychothérapeute à des personnes titulaires de diplômes universitaires… » 

 

Faut-il rappeler à Monsieur Accoyer que « prétendre soigner » comme avoir « la prétention de faire de la politique » fait partie avec éduquer de ces « trois métiers impossibles » dont parlait Freud en 1937[5] ? Faut-il, lui rappeler aussi, après Jacques Lacan, qu’aucun diplôme universitaire, aucun statut social ne garantit en rien le fait de devenir psychothérapeute et a fortiori psychanalyste ?      

 

Mais devant tant d’opprobres, nous sommes amenés à nous demander : qu’est-ce que la psychanalyse ?

 

Avant d’être une théorie, la psychanalyse est une « praxis » qui vise à la transformation du sujet. La cure n’est ni une technique, ni un acte chirurgical, ni un médicament mais une expérience singulière qui révèle le sujet à lui-même en lui ouvrant l’accès à toutes les dimensions cachées de sa personne, qui le met en accord avec lui-même et lui permet d’assumer son histoire en la démêlant de celle de ses parents et grands-parents, bref des avatars de l’histoire familiale, voire de fantasmes infantiles, c’est-à-dire d’actes parentaux mal symbolisés ou mal compris par l’enfant.

La psychanalyse survient après « l’avènement de La science », elle en est une conséquence logique, cela veut dire qu’elle ne « s’identifie pas complètement à la science, contrairement à ce que croyait Freud.[6] » La psychanalyse « répond aux effets de la science qui, on le sait bien, changent complètement la réalité et sa perception par le sujet. Mais ce que l’on dit moins, c’est que ces effets peuvent devenir ravageants et destructeurs pour le sujet. Le savoir de la science s’introduit dans notre réel « parce qu’il permet la production de tous ces objets qui envahissent notre quotidien, qui créent le nouveau monde que nous habitons. Dans cette situation, « la question de la vérité ultime est laissée en suspens. Descartes, le premier, avait ouvert la voie en la renvoyant vers un Dieu non trompeur [7]. »

La confusion entre besoin et désir est volontairement entretenue et ainsi se crée la société de consommation à partir de cette confusion. Comme l’a si bien démontré Jacques Ellul, juriste et théologien français, célèbre aux USA, le progrès technique loin de nous libérer de l’aliénation nous rend plus dépendant au monde extérieur que jamais et les nombreuses innovations technologiques nous incitent à la paresse et à la servitude sous prétexte de nous faciliter la vie.

 

Dans l’émission Radiophonie, Jacques Lacan aborde la question des sciences de l’homme. En substance, il affirme que si « science de l’homme » il doit y avoir, elle ne saurait se constituer qu’en fonction de la spécificité de son objet. Cet objet, c’est le sujet précisément et non pas « l’homme », par-delà les mirages d’une objectivité que Lacan n’aura de cesse de dénoncer jusqu’à définir la science comme « une idéologie de la suppression du sujet »[8].

Illustrons notre propos : la politique que mena Hitler fut servie « par des scientifiques de haut niveau, parmi lesquels un nombre impressionnant de médecins. Ceux-ci, psychiatres, biologistes, généticiens et anthropologues qui collaborèrent à l’entreprise nazie, écrit Benoît Massin, n’étaient pas des psychopathes marginaux, mais souvent les figures les plus en vue de leur communauté scientifique. Leur engagement découlait de la tradition centrale de la recherche anthropologique et biomédicale allemande depuis soixante ans. »[9] 

Le discours capitaliste actuel, qui est un des avatars appauvri du discours de la science, devient le modèle des rapports de fonctionnement entre les êtres humains et vient masquer cette question en la comblant. Faire croire aux consommateurs, que nous sommes, que le dernier gadget inventé va nous satisfaire, nous rendre heureux, tente de fermer cette question du sujet qui se signe du désir, du manque à être, d’insatisfaction, de ratage… On voudrait en finir avec l’inconscient, mais comment s’affranchir de ce gêneur qui trahit l’idéal de contrôle, de prévention, d’évaluation promu par le discours scientiste face auquel celui de la psychanalyse serait démodé. Mais comment se débarrasser des rêves, des lapsus, des répétitions, des symptômes, de cette part de l’humain qui nous échappe et nous fonde tout à la fois ?      

D’où le malaise de plus en plus grand dans nos sociétés. Il n’est pas inutile de rappeler ici la phrase de Freud dans le Malaise dans la Civilisation : « Ce qui commença par le père s’achève par la masse. » Freud, de manière prémonitoire, nous rappelle les deux extrémités de la chaîne : d’un côté le père, (remarquons rapidement que les responsables, les «gourous» auxquels s’en prend la presse et la Justice sont la plupart du temps des figures paternelles) ; de l’autre, la masse, les sondages, qui sont un exemple marquant de l’abandon d’un projet politique pour un pays. C’est l’opinion de la majorité qui devient la mesure des réformes à entreprendre et la réflexion politique a, trop souvent, pour mesure de son action, les sondages.

 

Lacan dans le Séminaire sur les Psychoses tente de définir la fonction paternelle : « La fonction être père n’est absolument pas pensable dans l’expérience humaine sans la catégorie du signifiant »[10].  La fonction paternelle n’est pas naturelle, elle ne se conçoit que du registre symbolique, c’est-à-dire de toute une trame d’histoire, d’humanité, de généalogie qui lui donne son assise et valide son existence. Autrement dit, personne ne peut être père seul, même dans sa propre famille. Reconnaissons qu’actuellement cette fonction est critiquée de tout côté et cette mise en question va de pair avec la disparition du sujet à laquelle nous amène insidieusement le discours de la science.

 

Lacan nous rappelle que la psychanalyse « est essentiellement ce qui réintroduit dans la considération scientifique, le Nom-du-Père ». Et si elle se trouve, dans ce moment de l’histoire, interrogée elle-même sur son propre devenir, Jean Claude Guillebaud[11], déclare : « […] face à l’irresponsabilité et à la bêtise qui colonisent l’air du temps, les cabinets de psychanalystes deviennent paradoxalement des lieux de résistance ; dans ces lieux, ce ne sont plus seulement les patients individuels qui viennent chercher une « guérison », c’est à travers eux la société elle-même»[12]

 

« La société actuelle ne trouve rien à redire au « manager » qui bourre le crâne de ses collaborateurs de slogans et d’objectifs de réussite. Celui-ci n’est pas inquiété, il est au service de la « bonne » cause : la cause capitaliste !

Comment comprendre alors qu’un homme d’expérience puisse travailler avec un groupe sans « diriger », sans imposer ses vues, en laissant à chacun le droit de s’exprimer et en prenant en compte la parole de tous ?

Comment comprendre qu’une telle liberté soit possible et qu’elle puisse de surcroît porter ses fruits ? Pour entendre cela, il faut sortir de la logique capitaliste et oser laisser la place à une logique humaine dont le scandale est de révéler que nous sommes asservis en masse au gourou de l’argent, « sponsorisé » depuis longtemps par un processus dans lequel l’Etat tient sa place.

Alors oui, la psychanalyse est dangereuse pour qui craint d’être libre et de poser les pieds hors des rails bétonnés prévus pour lui. On manipule moins aisément des cerveaux habitués à réfléchir par eux-mêmes.

Voilà pourquoi, par un pervers retournement des choses, c’est la psychanalyse qui se trouve aujourd’hui accusée de manipuler les gens. On oublie trop vite, que c’est de son plein gré que le sujet commence un travail analytique et qu’il peut en partir à tout moment. Aucun contrat n’est signé, tout repose sur la confiance. C’est sans doute ce qui est pris pour de l’influence et que certains s’empressent de qualifier de dérive sectaire. »[13]  

 

2) Le social

 

Toutes ces attaques contre la psychanalyse et les psychothérapies relationnelles, le destin particulier de Claude David, tout cela peut se produire maintenant dans un contexte précis dont nous allons tenter de cerner les grandes lignes. Comme nous l’ont montré les rédacteurs du CICNS dans leur travail patient d’investigation auquel ils se sont livrés, - à partir de documents d’archives, de retranscriptions des travaux de la Commission Parlementaire sur les sectes, d’interviews de chercheurs, de juristes ou de victimes, - nous avons affaire à un montage créé de toutes pièces.

 

Un exemple inquiétant éclairera notre propos. La Commission Parlementaire sur les Sectes, dirigée par Monsieur Fenech[14], interroge, en octobre 2006, des hauts fonctionnaires, Inspecteurs Généraux de l’Administration, Directeur de Service ou des Cultes (au ministère de l’Intérieur) pour connaître le nombre des dossiers qu’ils ont à traiter sur les enfants « victimes des sectes. » 

 Réponses :

-       Ministère de la Justice : 192 signalements directs ou indirects, le fonctionnaire doit insister  devant la pression des députés : « et pas un de plus ! »

-       Ministère de l’Education Nationale : 8 dossiers,

-       Ministères des Affaires Etrangères : 2 dossiers…

 

Les membres de la Commission continuent, ils s’en prennent aux Témoins de Jéhovah. Réponse des spécialistes de l’Education Nationale : « nous n’avons aucun signalement d’enfant en danger. » Question de Monsieur Fenech qui s’offusque : « Pourquoi ? » Petit sourire de son interlocuteur, Inspecteur Général : « Il nous semble qu’ils ne sont pas vraiment en danger… »

Tout ceci relevé, comme aurait pu le faire n’importe quel journaliste d’investigation consciencieux, sur La Chaîne Parlementaire, (LCP Assemblée Nationale).[15]

 

Dans le rapport présenté, deux mois plus tard, en décembre 2006, Monsieur Fenech annonce, sans sourciller, dans les différents journaux télévisés : « de 60 à 80 000 enfants sont en danger en France du fait des sectes. » Vous avez bien lu, ce n’est pas une coquille, c’est un mensonge, une manipulation délibérée !

 

Raphaël Liogier, Directeur de l’Observatoire du Religieux de l’Université d’Aix en Provence, écrit dans le Monde du 3 mars 2008 : « Tous les chercheurs, sans exception, je dis bien tous, quelles que soient leur appartenance partisane ou leurs opinions politiques, tous les spécialistes du religieux sont d’accord depuis trente ans pour dire que les listings établis par les commissions parlementaires ainsi que les prétendues enquêtes des missions interministérielles sont fantaisistes »

Fantaisiste, le mot est faible, il ajoute que les chercheurs du CNRS ou universitaires, sociologues ou juristes « sont exclus de toute discussion, et enfin accusés de trahir la République ». Pourquoi ? La réponse est évidente : ils ne cautionnent pas le discours politiquement correct !  

 

Mais pourquoi un tel mensonge ? Pourquoi un tel mépris des informations relevées sur le terrain par les observateurs des différents ministères ? Pourquoi, un Etat refuse-t-il les analyses, le travail de ses propres chercheurs, de ses universitaires, les accusant de trahison ? Pourquoi construire de toutes pièces un tel « ennemi intérieur » ?

 

Pourquoi ? Sinon pour ancrer la peur dans le cœur de chaque citoyen. Si on a peur pour ses enfants, pour sa famille, pour ses amis, pour soi-même, à quelle compromission ne va-t-on pas consentir, à quel sacrifice n’est-on pas disposé ? Benjamin Franklin écrivait vers 1780, que « chaque fois que l’on demande davantage de sécurité, on sacrifie une part de sa liberté. »  

 

Pour gouverner les humains en collectivité, la peur est un excellent système, elle empêche la réflexion, renforce la culpabilité et soumet les âmes. Mais n’oublions jamais que cela fonctionne avec notre accord, notre indifférence, voire notre participation ou notre faiblesse. Sentiments dont s’arrange très bien le pouvoir. Et comme toutes les époques de l’histoire l’ont montré, il est difficile de faire la part des fantasmes, des rumeurs et à plus forte raison d’interroger ou d’essayer de subvertir le discours ambiant. Il est beaucoup plus facile, pour un gouvernement, de dire que l’on combat les sectes que de s’attaquer aux véritables problèmes que sont la pauvreté, le chômage, les questions de l’environnement, le suicide des jeunes ou leur analphabétisation, le suicide dans les entreprises, la maltraitance sur nos aînés quand leur grand âge les rend « improductifs », etc.

 

A une question posée par des associations inquiètes des groupes minoritaires qui s’installaient sur leur territoire, relayé par un article d’un grand hebdomadaire du pays au titre accrocheur : « La Suisse : Paradis des Sectes », le gouvernement fédéral a répondu, en substance et « assez sèchement d’ailleurs que le Droit en vigueur était tout à fait suffisant »[16], pour réprimer tout manquement à l’ordre public !   

 

Répétons avec force, qu’il n’existe aucune définition juridique du mot « secte », donc, en droit, aucun mouvement ne peut être stigmatisé. Le cadre de la loi suffit, amplement, à sanctionner les délits commis par quelque personne que ce soit, sans que son mode de vie soit en même temps incriminé. Pourquoi créer une juridiction d’exception ? La France est le seul pays, en Europe, à avoir construit un tel système contre ses propres citoyens.  

 

II – Le droit et la présomption d’innocence ?

 

Et pourtant, naïvement, avant d’avoir subi le bulldozer de l’enquête policière ou de l’instruction, nous avons cru, comme beaucoup de français, en ces belles maximes inscrites dans les textes fondateurs de notre pays ou de l’Europe :

 

 « Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable. »

 

Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, 1789.

 

 « Toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie. »

Article 6-2 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

 

 « Chacun a droit au respect de la présomption d’innocence »          Article 9-1 du Code Civil.

 

 « Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été établie. »                                  Article préliminaire du Code de Procédure Pénale.

 

 

Ecoutons l’analyse de Philippe Ohayon avocat spécialiste du Droit Pénal au barreau de Paris :

 

« C’est ainsi que s’ouvre le Grand Livre du Droit Positif Français. 

 

La « présomption d’innocence » trône et règne depuis des générations sur notre droit pénal, protégée par 7 gardes du corps légaux : 4 textes nationaux et 3 textes internationaux ratifiés par la France.

 

Norme suprême, quasi divine, elle ne tolère aucune exception. Si la présomption d’innocence règne dans les textes, c’est bien la présomption de culpabilité qui gouverne leur application …

Si un individu est mis en cause dans une procédure judiciaire pénale, pour le commun des mortels c’est qu’il est « très vraisemblable » qu’il soit « probablement» coupable, quant bien même cette « supposition », ce « jugement » n’est pas « fondé sur des preuves mais sur des indices. »

Si la gravité des faits reprochés est manifeste, si le rôle que l’on veut lui faire jouer dans le scénario de sa culpabilité tient et si son profil est compatible avec les accusations portées contre lui, alors cet individu sera, sauf miracle, nécessairement triplement coupable : aux yeux des enquêteurs, donc aux yeux du Parquet et donc définitivement coupable aux yeux de la justice….

Il aura fallu un miracle judiciaire pour rappeler les errances de notre justice, à Outreau : la mise hors de cause de 13 accusés sous le feu des projecteurs médiatiques. En une phrase, des affreux monstres pédophiles se sont transformés en victimes expiatoires de la monstrueuse machine judiciaire. Des innocents jetés en prisons, des enfants arrachés à leurs parents, un prévenu poussé au suicide, des vies brisées, écrasées, écrabouillées, réduites en miettes par le bulldozer de l’instruction, tout cela parce qu’elles ont eu la malchance de se trouver sur la fausse piste empruntée par la Justice.

Aujourd’hui, la justice se découvre comme une vaste usine à enfermer, où les individus sont livrés comme des matières premières à une machine judiciaire infernale dont ils ressortent manufacturés, transformés en produits finis labellisés   «coupable».

Notre pays connaît un taux de condamnation fort, proche des 90% en comparution immédiate ou après instruction. La majorité de ces condamnations confirment le réquisitoire du Procureur dans ses qualifications. La culpabilité est donc la règle, l’innocence totale ou partielle l’exception. La présomption de culpabilité, par réflexe, ne peut être que la règle et la présomption d’innocence l’exception. » [17]

 

III -  De la « secte » au discours de psychose :

 

1) De la culpabilité à l’incantation

 

Les effets de cette « présomption perverse de culpabilité » qui règne actuellement sur la justice française sont démultipliés quand retentit le mot « secte ». Citons un autre avocat Jean-Pierre Joseph : 

 

 « Aujourd’hui, devant toute juridiction, le mot secte est le mot magique qui fait plier tout le monde. Une garde d’enfant contestée ? Il suffit simplement de dire que mon conjoint fait partie d’une secte, le mot magique est lancé. Il est même inutile à l’accusé de se justifier, soit en disant que c’est faux, soit que le groupe auquel il appartient n’a rien d’une secte. Tout se passe comme s’il était déjà frappé à mort…

 

Et c’est ainsi que de nombreux jugements ont été rendus, en toutes matières : correctionnelle, droit de la famille, etc, se référant soit à des reportages de télévision truqués, soit au rapport parlementaire alors que le ministère de l’Intérieur récemment a été contraint de déclarer que ce rapport n’avait aucun effet juridique.

La “sectophobie” atteint la quasi totalité des juristes, même des avocats, traditionnellement défenseurs des libertés individuelles, qui, dès que l’on prononce le mot secte se mettent à réciter par cœur, comme s’ils psalmodiaient un cantique, les mêmes formules : manipulation mentale, détournement d’argent, etc. »[18]

 

2) De l’incantation comme « discours psychotique » 

Notons la réflexion désabusée d’un avocat au sortir d’une confrontation : « ce sont les accusations, d’anciens participants, qui transforment un groupe ou une association en secte ». Franchissons un pas de plus, car dans le même temps c’est le qualificatif de secte qui valide ces mêmes accusations qui n’ont dès lors plus besoin d’être démontrées. Il y a, donc, auto fondation réciproque ! C’est un discours circulaire qui rend « fou », avec le même mécanisme à l’œuvre que dans la psychose. Reconnaître que je suis malade ou le nier ; admettre être dans une secte ou le contester, dans tous les cas je suis irresponsable et tous les moyens sont justifiés pour me ramener à la « raison », puisque « c’est pour mon bien ». Aucun tiers, aucune transcendance ne peut me sortir de cette nasse… A partir du moment ou les accusations de « secte », de « gourou » sont proférées, nous passons dans l’irrationnel, les accusations deviennent « vraies » parce que prononcées, elles s’auto-alimentent ! 

 

Les conséquences sont redoutables ; les plaignants changent de statut, ils se transforment soudainement en « victimes », objet de toutes les attentions, de toutes les compassions, leurs paroles deviennent « vérités » sans vérifications. Les adhérents de la « secte », à l’inverse, n’ont plus droit à la parole, de toutes les façons « on ne peut pas dialoguer avec eux. » Dès lors, tout est joué, le piège s’est refermé. Pour l’instruction, les médias, les associations « anti-sectes », tout est permis et licite y compris le mensonge, pour combattre ceux qui sont sous « influence ».[19]

 

C’est exagéré ? Prenons le temps d’écouter, un représentant de cette pratique, Monsieur Fenech interrogé, à FR3 en août 2006, qui déclare, à propos de la Commission Parlementaire sur les Sectes, avec un ton lénifiant et condescendant[20] :

« Nous avons respecté totalement le contradictoire, nous avons adressé des questionnaires à toutes les communautés concernées, elles ont eu tout le loisir de nous répondre, tout est bien clair. »

 

Question de la présentatrice : « Donc, concernant les témoins de Jéhovah, contrairement à ce qu’ils disent, vous avez discuté avec eux, vous les avez entendus ? »     

 

Réponse : « Mais on ne discute pas avec des communautés sectaires, on prend acte de leurs actes, lorsqu’ils franchissent la ligne jaune, c’est-à-dire la loi républicaine…  »

 

L’extrait de l’interview s’arrête là, nous ne saurons pas ce qui nous attend quand nous franchissons la ligne jaune … ou le sous-entendu est-il suffisant ? 

 

Remarquons au passage que :

 

1-    Le mot secte n’ayant pas de définition juridique, au mieux Monsieur Fenech ne sait pas de quoi il parle, au pire il joue sur une peur fantasmatique qui se nourrit et se grossit de la rumeur et qui a pour but d’empêcher toute réflexion.

2-    Il se contredit d’une phrase à l’autre : où se trouve le soi-disant respect du contradictoire, puisqu’on ne peut parler avec ces « gens-là » ?

3-    Monsieur Fenech crée une sous race, il y a les bons citoyens et les autres ceux qui font partie des sectes et pour lesquels il n’existe plus aucun droit, puisqu’ils ont franchi la « ligne jaune !». Mais quelle est cette ligne « jaune » ? Celle de choisir son mode de vie ? D’autres parlementaires lui font écho : « Avec les sectes, la courtoisie n’est pas de mise, il faut les prendre par surprise. »[21]  C’est un vocabulaire dont se servent les forces armées pour combattre un ennemi !      

 

Et pourtant, des juristes, des magistrats et même un ancien ministre, Monsieur Badinter, s’élèvent actuellement contre la dérive « victimaire » du droit français. Il suffit de se dire « victime » pour avoir raison auprès de la police comme de la justice et d’être soutenu sans réserve par des associations de défense et les médias.

 

Ce contexte résume ce qui se passe aujourd’hui en France. Et ce qui arrive à Claude David peut arriver demain à chacun d’entre-nous.

 

Pour conclure

La « communauté » fondée par Claude David et ses amis est une association Loi 1901, dont les membres partagent une même vision de l’homme ou plus exactement un axe de travail, l’articulation de la foi et de la psychanalyse, en articulant la spécificité des deux dimensions. Ce vecteur de recherche et de partage est issu concrètement d’un travail de plus de 20 ans avec des malades mentaux et de la confrontation avec cette limite de la liberté de l’homme qu’est la folie : « et l’être de l’homme non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté. » Jacques Lacan 

 

Ils partagent aussi une résidence ou chacun a un appartement dans lequel il peut recevoir sa famille, ses amis. Tous les enfants sont scolarisés : de la maternelle à l’université en passant par le collège ou le lycée et tous les adultes travaillent à Toulouse ou Castres voire Bordeaux ou Paris. Où se trouve l’enfermement qui leur est reproché ? Si une association comme celle-là peut être traitée de « secte », alors n’importe quel groupe risque d’être affublé de ce vocable infamant un jour ou l’autre.

Les conséquences des attaques que Claude David et ses amis subissent depuis un an ne cessent pas. Bien que les accusations tombent les unes après les autres comme peau de chagrin cela ne change pas ni la nature, ni l’orientation de l’instruction qui continue toujours à charge.  

Nous ne parlerons pas des deux enfants retirés brutalement à leur mère, ni des enquêtes sociales demandées sur tous les enfants qui avaient fréquenté Claude David et qui de ce simple fait étaient, potentiellement, en « danger. » Trois des enquêtes sur quatre sont terminées, elles se concluent par des non-lieux. Les enfants qui sont restés avec leurs parents dans le cadre de l’association, se montrent « plutôt équilibrés », indiquent les différents rapports d’enquête !

 

Nous ne parlerons pas non plus des enquêtes fiscales sur les individus ou sur les différentes associations, ni des appels orientés vers les employeurs, leur disant de se méfier, ni de l’interdiction faite à la troupe de théâtre de représenter la pièce « Le Visiteur » d’Eric-Emmanuel Schmitt suite à une dénonciation anonyme, ni du non-renouvellement d’un bail professionnel qui met en danger dans leurs activités professionnelles les psychanalystes ou psychothérapeutes qui font référence à Claude David, ni de la perte de clients, ni du boycott larvé concernant les enfants dans les écoles, ni des invitations qui ne se font plus …

 

Nous ne parlerons toujours pas de la lutte menée contre les organes de presse : TF1, FR3, la Dépêche du Midi, le Parisien et qui se continue, maintenant, en appel. 

 

De quoi s’agit-il, sinon de faire taire des gens qui dérangent et en particulier Claude David qui est psychanalyste ? Alors ne nous y trompons pas : son procès ne concerne pas tant celui de l’homme que ce qu’il représente : une certaine vision de l’humain qui apparaît désuète à tous ceux qui veulent gérer, asservir l’homme et qui veulent lui enlever toute responsabilité dans ses choix, son devenir.  

La question sur la psychanalyse, posée par la procédure en cours est effrayante, dans sa méconnaissance perverse et ses conséquences.

Allons-nous nous lever pour dire que la psychanalyse n’est pas un outil d’asservissement et de mise au pas de l’être humain ?

Allons-nous nous élever contre l’arbitraire et les amalgames de notre époque ?  Pouvons-nous continuer comme « si nous ne savions pas » ?

 

A cette question une seule réponse, ne pas donner notre consentement. Dans le déroulement d’une psychanalyse, il est des moments où il ne faut pas céder, où il faut dire non à ses fantasmes, à son désir inconscient et rassurant de la toute puissance maternelle, pour accepter le relatif de la vie, du manque, le risque de la rencontre, de l’amour. Comme le répète Freud, cela se fait dans l’après-coup et si la psychanalyse exerce son travail « en intention et en extension », comme le rappelle Lacan, sur le divan et dans les processus familiaux et sociaux, alors le mouvement à opérer est le même : dire non au « discours courant »[22], au discours de mort de notre époque, au discours de la toute puissance sécuritaire.

 

Concrètement, sortons du silence, de l’anonymat, de la solitude, de la peur. Formons un réseau solidaire.

 

«  Chaque fois que des êtres humains endurent souffrances et humiliations, prenez parti.

 La neutralité aide l’oppresseur, jamais l’opprimé.

Le silence encourage le tortionnaire, jamais la victime.

 

Elie Wiesel – Prix Nobel de la Paix, ancien déporté.

Toulouse le 1er mai 08

Guy Delaunay

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Notes

[1] D’après Sabine Rostaing, Psychanalyste

 

[2] C’est nous qui soulignons

 

[3] D’après Elizabeth Roudinesco. Extraits

 

[4] C’est nous qui soulignons.

 

[5] In « Analyse terminée et analyse interminable »

 

[6] Jacques Lacan

 

[7]  Pour plus de développements lire « Au-delà du complexe d’Œdipe. Editions Anthropos de Michel Lapeyre auquel nous avons emprunté quelques développements.

 

[8]  Lacan : Radiophonie in Scilicet 2/3. Seuil, 1970, p. 89.

 

[9] Cité par Elizabeth Roudinesco in Le patient, le thérapeute et l’Etat. Editions Fayard 2004, p. 40

 

[10]  Séminaire Livre III, Les Psychoses, page 329, Seuil 1981.

 

[11]  In « La psychanalyse peut-elle guérir ? » Ouvrage collectif – septembre 2005

 

[12] Sur cette question de la psychanalyse, lire : « Haro sur la psychanalyse ! » sur www.arefppi.fr. Guy Delaunay - Juin 2007

 

[13] D’après Sabine Rostaing, psychanalyste

 

[14] Ancien magistrat, condamné pour « injures raciales » en 1998. Député du Rhône depuis 2002, réélu en 2007 il se voit invalidé par le Conseil Constitutionnel et inéligible pour un an pour infractions sur ses comptes de campagne.

 

[15] Toutes ces informations sont accessibles sur le site www.cicns.net et plus particulièrement à travers deux films que cette association propose : « 120 minutes pour la liberté spirituelle ». 

 

[16] Cf. l’intervention du Pasteur Jean-Claude Basset, texte du colloque du CICNS, septembre 2007. p.34

 

[17] Extraits de « Ci-gît la présomption d’innocence. » Février 2007. C’est nous qui soulignons.

 

[18] Jean-Pierre Joseph, avocat. Extraits de : « Pour gagner un procès, le mot magique : Secte ». 

 

[19] Pour tous ceux qui auraient un doute, il faut lire la prose du CCMM (Centre contre les Manipulations Mentales), fondé par Roger Ikor.

 

[20] Cf les disques du CICNS, déjà cités, partie 2

 

[21] Cf les disques du CICNS, déjà cités, partie 2

 

[22] Expression de Jacques Lacan

 

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LETTRE OUVERTE A BERNARD ACCOYER, Président de l’Assemblée Nationale, le 21 avril 2008

M Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée Nationale

                     126, Rue de l’Université - 75 355 Paris 07  SP

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Votre récente proposition de loiainsi que vos déclarations publiques au journal La Croix du 2 avril 2008nous amène à réagir vivement. Les points suivants nous semblent particulièrement inquiétants :

 

La proposition de loi dont vous êtes l’auteur est une loi d’exception, qui vise à mettre les personnes qui témoignent devant les commissions d’enquête parlementaire à l’abri du droit commun de la République.

 

En effet, votre proposition a pour objet d’empêcher toute poursuite à l’égard de ces personnes en cas de diffamation, d’injure ou d’outrage. Pourquoi une telle défiance vis-à-vis du système judiciaire ? Car enfin, pour que de telles poursuites aient une chance d’aboutir, le caractère diffamatoire, injurieux ou outrageant devrait être établi par un juge. Dire la vérité sur une expérience vécue ne tombe, à ma connaissance, sous le coup d’aucune loi.

Que les « Boulogneboys » ne s’inquiètent pas : s’ils sont interdits de stade, ils pourraient bientôt déployer leurs banderoles anti-Ch’tis dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale … en toute impunité, pour peu qu’ils viennent témoigner devant une commission d’enquête parlementaire sur les disparités régionales.

Les chiffres que vous annoncez relèvent de la désinformation et d’une tentative de  manipulation de l’opinion publique!

Vous  « pensez », dites-vous, qu’il y a des centaines de milliers de victimes de groupes sectaires en France. Ces estimations fantasmagoriques sont en totale contradiction avec les chiffres officiels recensés par différents Ministères et par les administrations concernées, dont les représentants ont déposé dans votre Assemblée, devant une commission d’enquête parlementaire, en décembre dernier. Nous vous rappelons ci-dessous quelques extraits de ces témoignages :

« Nous nous sommes aperçus qu’elle [la problématique sectaire] était très marginale. » Audition de Mme Sancy, Directeur de la Protection judiciaire de la Jeunesse, Ministère de la Justice - 3 octobre 2006

 « Durant l’année scolaire écoulée, les inspecteurs d’académie ou les recteurs ont procédé à 19 000 signalements aux procureurs de la République […]. Lorsque nous avons demandé aux inspecteurs d’académie quels étaient, parmi ces enfants en danger, ceux qui l’étaient à cause de mouvements sectaires, ils nous ont répondu qu’il y en avait 8. »

Audition de M. Jean-Yves Dupuis, Inspecteur Général, Ministère de l’Education nationale –  10 octobre 2006

« En vue de cette audition, j’ai demandé aux préfectures de recenser, sur les 3 dernières années, les incidents liés à la transfusion. Il est remonté un petit nombre d’incidents, souvent réglés par la discussion. Aucun incident  mettant en cause des enfants ou un pronostic vital n’a été relevé. »

Audition de M. Didier Leschi, Chef du Bureau central des cultes, Ministère de l’Intérieur – 17 octobre 2006

« Dans ce vaste ensemble, je n’ai  trouvé trace que de 2 cas présentant un lien avec le comportement sectaire ».

Audition de Mme Françoise LeBihan, Directrice adjointe du service des Français à l’étranger et des étrangers en France (DFAE) - Ministère des Affaires étrangères – 17 octobre2006

 « Depuis les 3 dernières années, […] nous n’avons pas eu de cas. »

Audition de M. Etienne Madranges, Directeur de la Jeunesse et de l’Education populaire, Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative – 18 octobre 2006

Peut-on vraiment ignorer ces chiffres et continuer à agir comme s’ils n’avaient jamais été présentés dans cette enceinte officielle ? Par quel coup de baguette magique ces quelques dossiers se sont-ils transformés en « centaines de milliers de victimes », sinon en considérant que tous les membres de mouvements spirituels sont en danger a priori, au seul motif de leurs croyances ?

Monsieur le président, nul n’est au-dessus des lois et celles-ci doivent être les mêmes pour tous. Pourquoi faudrait-il une loi d’exception pour protéger au sein de l’Assemblée Nationale des droits qui sont garantis à tous les citoyens : la liberté d’expression d’une part, et d’autre part le droit de chacun à se défendre s’il s’estime diffamé ou objet de propos mensongers ?

 « Il n’est pas admissible que le simple fait de rapporter ce que l’on a vécu puisse exposer à des poursuites », avez-vousdéclaré. De grâce, Monsieur le président, laissez la Justice faire son travail ; car il lui revient d’établir s’il y a ou non propos mensongers ou diffamatoires et d’obtenir, dans l’affirmative, réparation pour les victimes.

Enfin, nous aimerions vous rappeler les graves problèmes qui préoccupent vraiment les Français : drogue, violence, suicide des jeunes, chômage, santé, etc… . Ces dossiers ne devraient-ils pas être la priorité de nos élus ?

Je vous remercie de l’attention que vous voudrez bien porter à ce courrier et vous prie d’agréer, Monsieur le président, l’expression de ma considération.

 

  ______________________________________________________________________________________________  NOUVELLES DE CLAUDE DAVID ET DE LA COMMUNAUTÉ DE BALME

L’instruction n’est pas close, des confrontations vont avoir lieu fin de ce mois entre Claude David et ses accusateurs.

 Par ailleurs les enquêtes sociales menées sur les enfants soi-disant en danger, dans le cadre de la “secte” ont conclu pour 3 d’entre-elles à des non lieux.

Mais, deux petites filles ont été enlevées à leur mère parce qu’elle reste dans la secte alors qu’avant le déclenchement des accusations, la convention de divorce lui avait laissé la garde des 2 enfants. Un avocat du collectif CAP-LC s’occupe précisement de cet aspect. 

Répétition des contrôles fiscaux tant individuels que sur les associations….

Par contre, bonne nouvelle Info-Sectes Midi-Pyrénées qui s’était portée partie civile a été déboutée au motif d’irrecevabilité, association non reconnue d’utilité publique (bien que le juge l’ait accepté dans un premier temps). Mais ses membres ont eu le temps de distiller leur venin. 

  ______________________________________________________________________________________________

LETTRE À MES FRÈRES QUE L’ON DIT “SOUS INFLUENCE”

 

 

« Un sujet normal est essentiellement quelqu’un qui se met dans la position de ne pas prendre ausérieux la plus grande part de son discours intérieur ».

Jacques Lacan (Séminaire Livre III - Les Psychoses)

 

« Il ne faut jamais être de son temps, on y reste »[1].

 

Depuis janvier 2007 et l’incarcération de Claude David[2], les évènements se sont précipités. Notre petite communauté, à la fois spirituelle et thérapeutique, qui trouve son inscription dans deux associations, les Gens de Bernard d’une part et l’AREFPPI[3] d’autre part, a été confrontée à trois phénomènes qui s’interpénètrent et s’alimentent mutuellement :

-     une rumeur de secte, orchestrée par des associations dites « anti-sectes »,

-     l’action des médias qui propagent ces rumeurs, sans aucune vérification, ni enquête. Toute « victime » qui se plaint a forcément raison et ses dires ne sont pas soumis à examen,

-     le fonctionnement actuel de la Justice qui s’alimente trop souvent auprès des deux premiers. Voir pour l’exemple un jugement prononcé par un Tribunal d’Instance qui s’appuie, dans ses conclusions, lors d’une affaire civile, sur des articles de journaux concernant une affaire pénale !!

 

1 – Pourquoi une secte ?

D’abord l’étymologie, secte vient du latin secare : couper. D’après le Littré c’est « l’ensemble de personnes qui font profession d’une même doctrine. » Dans son sens le plus générique, cela concerne donc tous les groupes ou religions, sans cette idée qui lui est accolée, à notre époque, de danger. 

Donc nous sommes dans une « secte » et comme tous ceux qui, un jour ou l’autre, ont la surprise de voir leur existence basculer, nous n’avons plus la parole ou, plus exactement notre parole, n’a plus de valeur. Mais pourquoi ?

Pourquoi, ce 17 janvier, nos appartements investis à 7 heures du matin par 40 gendarmes (armés, casqués, bottés, mitraillettés…), nous sommes-nous réveillés, subitement, dans une secte ?

Dès lors qu’il est dit, par la rumeur, que nous faisons partie d’une communauté qui se retrouve affublée de cette étiquette infâmante, nous sommes suspects. Si vous affirmez que vous avez choisi ce mode vie en toute liberté, en toute connaissance de cause… on vous rétorque que vous n’êtes pas crédible, que vous êtes influencé. Soit vous reconnaissez faire partie d’une secte et vous êtes une « victime », qu’on va plaindre et aider, soit vous niez que votre appartenance communautaire soit d’ordre sectaire et vous êtes influencé, voire « complice. » Il n’y a pas de troisième voie. La démonstration est sans recours.    

Dans les deux cas, ce que vous croyez est dénié, ce qui vous a construit vous est enlevé et vous êtes dépossédé de votre histoire, de vos choix. Soit vous l’acceptez, reprenant à votre compte la censure, la manipulation et vous avez droit au respect parce que « victime », soit vous résistez et vous devez vous attendre à la suspicion parce que « complice. »     

Il n’y a eu aucun reportage, que ce soit dans la presse ou à la télévision, fondé sur une enquête sérieuse, rejoignant ainsi la méthode de mise à l’index employée pour toutes les minorités. Il est beaucoup plus facile de nous montrer du doigt. Il y a moins de risques.  Et l’on s’aperçoit que l’enquête de gendarmerie, les interrogatoires n’ont pas pour but de faire advenir la vérité mais de démontrer les prémices retenues : d’abord il y a secte, donc un danger et logiquement des « victimes » ; si les interpellés refusent cette catégorie, ils peuvent se retrouver affublés de l’étiquette de « complices. »

A cet égard, Elizabeth Roudinesco rappelle dans une émission récente à France Culture qu’il est très délicat, très grave de légiférer à partir des « victimes » comme les pouvoirs publics le font actuellement.[4]

Pourquoi cette peur des sectes est-elle entretenue depuis une trentaine d’années en France ? On peut même parler d’une psychose amplement relayée par les médias.

Les pouvoirs publics, qui ont été les initiateurs de cette psychose, ont mis en place un arsenal de lutte contre les sectes, unique dans les pays démocratiques. Et cet arsenal juridique est justifié par l’affirmation que les sectes, les dérives sectaires, constitueraient un fléau social. Où sont les preuves d’un tel fléau ? Les scientifiques aussi bien juristes, qu’ethnologues, sociologues ou autres chercheurs ne sont jamais appelés par les pouvoirs publics pour faire une enquête sérieuse sur ce dit fléau, ils sont savamment écartés du débat, ce qui est déjà surprenant mais de plus, quand ils osent travailler sur ce sujet, ils risquent la mise à l’index.[5]

 

Rapprochons cette « exception française », d’une étude menée par Jean-Claude Guillebaud dans son dernier essai[6]- « Comment je suis redevenu chrétien » - et qui va nous aider à comprendre ce qui est en jeu. Il écrit : « Hors de France, on accepte l’idée d’un continuum à peu près sans rupture qui, partant du biblique, conduit de proche en proche à la modernité démocratique. Nietzsche lui-même ne dit pas autre chose lorsqu’il définit la démocratie - qu’il exècre - comme « un christianisme devenu nature » ». Dans la page précédente, il cite Marc Bloch qui parle dedouble filiation, que nous Français, avons du mal à admettre et qui fait « en réalité de la France aussi bien la fille aînée de l’Église que l’héritière de la Révolution ». Il ajoute que « nous devrions être sensibles au souvenir du sacre de Reims et à celui de la fête de la Fédération. Or, nous ne retenons que le second héritage. À tort ».      

Pourquoi sommes-nous devenus si incultes, gens d’Occident et surtout de France, pour oublier que les principes qui sont au cœur des différentes Déclarations des Droits de l’Homme et du Citoyen ont été forgés au creuset des valeurs du judéo-christianisme ? René Girard écrit : « L’humanisme et l’humanitarisme se développent d’abord en terre chrétienne».[7]  Le consensus actuel vise à expurger cette idée, attribuée exclusivement aux Lumières, de son origine judéo-chrétienne et à en faire un acquis de la laïcité, nouvelle religion française.[8]

L’idée de la personne, de son autonomie, cette notion de sujet que nous revendiquons haut et fort, est totalement étrangère aux philosophies bouddhistes, à la foi de l’Islam aussi bien qu’aux différentes sagesses des peuples d’Afrique. C’est une « invention » de la philosophie grecque, reprise et développée par la pensée judéo-chrétienne.

L’idée d’égalité, que nous avons inscrite au fronton de nos mairies, par qui fut-elle imposée, dans quels textes ou autres évangiles se trouve-t-elle définie ? Comment s’imposa-t-elle, dans la difficulté, malgré l’opposition même - à certains moments - de l’institution ecclésiale ? Souvenons-nous, par exemple, de la fameuse Controverse de Valladollid en 1550 où la question était posée de savoir si les Indiens d’Amérique avaient une âme, donc s’ils étaient nos égaux.

Mentionnons encore l’universalité selon laquelle il existe des valeurs qui sont identiques pour tous les hommes de la terre et enfin l’espérance, qui permet d’échapper au temps circulaire et répétitif des Grecs, dont se nourrira notre notion de progrès. Jean-Claude Guillebaud ajoute : «Messianisme juif, espérance chrétienne, progrès des Lumières : je ne peux m’empêcher de voir là une filiation qui définit l’histoire occidentale toute entière. »[9]       

Par quel tour de passe-passe, depuis plus de deux cents ans, voulons-nous croire que toutes ces idées de progrès ont été arrachées de force à l’obscurantisme de l’Eglise et de l’Ancien Régime ? Il est vrai que celle-ci - en tant qu’institution – a souvent oublié qu’elle était dépositaire de ces valeurs qui la dépassent pour se cantonner dans une défense frileuse de ses acquis temporels.

Notons la différence d’attitude entre la manière dont nous concevons le rapport à l’Islam et celui à notre propre culture judéo-chrétienne. Les médias, après le 11 septembre 2001, ont  pris bien soin de ne pas attaquer l’Islam comme religion pour ne s’en prendre seulement qu’à une certaine lecture. Très bien, mais pourquoi n’avons-nous pas les mêmes égards avec notre propre religion ? Pourquoi ce mépris vis-à-vis de nos propres textes ?

Le risque demeure élevé, comme nous le percevons actuellement, que ces valeurs que nous venons de mentionner - la personne, l’égalité, l’universalité, l’espérance… - se désagrègent  puisque la genèse en est masquée, sinon refusée. Quel héritage peut se construire sur un refus de l’origine ?                      

Pourquoi insister sur tous ces points ?

Récemment un chef de l’Etat s’est opposé à ce qu’il soit fait mention dans la Constitution de l’Europe des racines judéo-chrétiennes de son histoire. Faisons donc l’hypothèse que ce refoulement de notre histoire nationale fait retour dans le réel, précisément à travers ces lois d’exception qui concernent les minorités spirituelles ou thérapeutiques, car comme l’écrit Jacques Lacan, « ce qui est forclos du symbolique revient dans le réel. »  Et cela vaut pour un individu comme pour une nation.    

Revenons à l’histoire de notre petite communauté.

En janvier 2007, les médias écrivaient ou laissaient entendre : les habitants de la communauté sont sous influence. L’émission « 7 à 8 » de TF1 de fin janvier 2007 était, à cet égard, sans ambiguïté, le responsable de l’enquête capitaine de gendarmerie, ne déclarait-il pas : « Au château, (ainsi appelée la résidence où les membres de la communauté habitent), ils n’ont toujours pas compris, il va falloir qu’ils s’y mettent » et le journaliste de conclure, sur un long travelling des murs de la Maison d’Arrêt où Claude David était incarcéré : « même à distance, ils sont toujours sous influence » ![10] La Dépêche du Midi renchérissait dans un article du 24 janvier, sous le titre accrocheur en première page : « Au château, sans le chef, ils sont déstabilisés » et dans le corps de l’article : « … les personnes de la communauté sont perdues, comme anéanties. Ils n’ont plus de repères » !    

Ne font-ils pas, sans le vouloir, une confusion grave entre influence et repère ? Car, en dépit de toutes ces pressions et de ce contexte délétère, une première victoire a été remportée. Dix mois plus tard, en novembre, les personnes qui composent cette communauté, pardon cette « secte », malgré tous les pronostics, continuent leur travail et leur vie commune.

Ils sont sous influence, reprenons ce premier argument qui nous est jeté à la face comme une opprobre, sans oublier qu’il cache un sous-entendu jamais mentionné clairement : ils ne sont pas libres !

 

2 - Que veut dire être sous influence ?

Les dictionnaires donnent de ce mot une définition simple : « L’influence c’est l’action qu’une chose exerce sur une autre ». Anciennement : « Sorte d’écoulement matériel que l’ancienne physique supposait provenir du ciel et des astres et agir sur les hommes et les choses ». 

Quant aux synonymes fournis par les encyclopédies ou « la toile », nous n’avons que l’embarras du choix :leadership, charisme, conversion, crédit, persuasion, ascendant, autorité, domination, impactinspirationpouvoir,prestige …

Ce sont tous les champs de l’activité humaine qui sont concernés : la politique, la religion, la science, la psychologie, la littérature, l’économie, la mode, mais aussi, la famille, l’action des ONG ou des associations, les évènements sportifs ou médiatiques… et encore le lobbying, le management, même internet (on parle actuellement de la « e-influence »…)

Des amalgames faciles ? Ou des rapprochements qui nous éclairent sur la confusion actuelle ?

Illustrons cela de quelques citations ou mots d’esprit :

«  Le paradoxe de la condition humaine, c’est qu’on ne peut devenir soi-même que sous l’influence des autres. »Boris Cyrulnik (Les nourritures affectives 

 « Les écrivains qui ont de l’influence ne sont que des hommes qui expriment parfaitement ce que les autrespensent, et qui réveillent dans les esprits des idées ou des sentiments qui tendaient à éclore. »  Joseph Joubert (Pensées)

« Il n’y a en littérature qu’un sentiment absolument sot : c’est la peur d’être influencé. »  Jean Paulhan

« Les économistes ne possèdent, en règle générale, qu’une culture historique plus que sommaire, sont animésd’incroyables préjugés mais disposent d’une influence énorme auprès des “décideurs“. » Jacques Le Goff (revue le Monde de l’Education – Mai 2000) 

« Le trafic d’influences constitue le pain quotidien du pouvoir ». Jacques Attali (Verbatim III)

Et pour finir, en forme de clin d’œil…

« ImbécileMembre d’une grande et puissante tribu, dont l’influence dans les affaires humaines a toujours étéprééminente ». Ambrose Bierce (Le dictionnaire du Diable) 

Si nous acceptons l’éclairage des citations ci-dessus, personne n’échappe à ce phénomène, nous pourrions même dire que sans influence nous n’aurions pas d’existence. Une expérimentation célèbre, prêtée à Frédéric II (Empereur du Saint Empire Romain Germanique), consista à mettre dans une pièce des nourrissons que l’on se contentait de nourrir et de nettoyer avec le moins de contacts humains possibles pour étudier ce qu’ils pourraient devenir sans l’influence de parents ou d’une famille. Que croyez-vous qu’ils devinrent ? Ils sont tous morts.

L’institution – quelle qu’elle soit : famille, école, centre de soins… - est nécessaire pour se constituer et en même temps relative ; nous devons la subvertir pour nous construire et assumer notre existence. C’est ce parcours que nous devions instituer avec tous les jeunes psychotiques qui venaient dans le centre de soins, la Fondation PI[11] - fondé par Claude David - en référence à la Psychothérapie Institutionnelle. Les jeunes psychotiques arrivaient déresponsabilisés, dépossédés y compris de leur maladie, c’est-à-dire d’eux-mêmes. Ils arrivaient amenés par leur famille, des infirmiers, ou d’autres assistants sociaux, déposés là, souvent, comme un fardeau qu’il fallait traiter. Le travail de soignant, déjà, lors du premier contact, consistait à redonner à l’autre, aussi fou, aussi malade était-il, l’idée, le sentiment qu’il était responsable, lui aussi, de son état, donc de son devenir. Accuser la génétique, les parents ou la société, ne suffit pas… C’était une position éthique indispensable pour « soigner ». Maintenir que l’autre, aussi faible, aussi diminué qu’il se présentait ou qu’on le signalait devant nous, pouvait redevenir acteur de sa vie. Position éthique parce que nous devions la soutenir d’abord malgré lui, pour lui, parfois contre sa famille ou même contre l’institution médicale. Il fallait laisser ouvert un espace possible pour que cette réappropriation par lui-même, de sa folie surgisse, un jour, dans son existence, à condition, expresse, de l’aborder sans programme fait à l’avance et sans résultat programmé. Inscrivant dans la pratique, cette parole : « Un fou aussi fou soit-il, ne l’est jamais assez pour ignorer qu’il l’est » !   

Il faut une fois dans sa vie avoir entendu l’un d’eux, soigné et condamné par la psychiatrie « scientifique » confier : « Un jour, je me suis dit que c’était peut-être vrai que je pouvais guérir et qu’il pouvait y avoir un avenir… ». Je me souviens encore de son hésitation et de son émerveillement  à prononcer ces derniers mots.

Avait-il été influencé ? Quittons-nous une influence pour consentir à une autre ? Par exemple celle des parents, pour celle du milieu scolaire, du travail ou des amis ? Cela peut-il s’arrêter, doit-il s’arrêter ?  Comment répondre à ces interrogations ? 

Le mot repère, employé par les médias, contre notre communauté, nous fournit un début de réponse. 

D’après le Littré : c’est un « terme d’arts et de métiers. Marque faite à différentes pièces d’assemblage pour les ajuster plus facilement. On dit de même : point de repère, point qui sert à se retrouver. Marque sur un mur, sur un jalon, sur un terrain, etc. qui indique et sert à retrouver un alignement, un niveau » 

Les synonymes sont connus, sans surprises mais néanmoins évocateurs : « indicejalonmarquepointréférence,trace ».

Tous ces mots qui indiquent une possibilité de se guider, de se retrouver…. Nous voyons que nous sommes dans un autre rapport à ce que nous questionnons, dans un passage : un re-père.  

 

3 – Un passage…

Après ce 17 janvier, l’absence forcée du fondateur de notre communauté, a obligé chacun de nous à approfondir la raison de sa présence, de ses choix, de son engagement. Etions-nous là uniquement par fidélité à un homme,  pour l’influence ou le charisme qu’il avait ou pour une autre raison ?

Dans une discussion récente avec le frère prieur d’un monastère proche de Toulouse, je l’entends expliquer qu’une double rencontre préside à la création d’une abbaye : un abbé et une règle.  Un texte et un homme !

A l’origine de notre travail, il y a bien un homme, Claude David, qui fait le pari, dans cet embryon d’atelier familial thérapeutique qui deviendra la Fondation PI, que le fou est notre frère, que la folie est inscrite dans chaque homme suivant la remarquable formule de Jacques Lacan : « Et l’être de l’homme non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme, s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté ».  

Donc, un homme mais aussi un texte ou plutôt un corpus de textes qui s’origine de deux approches fondamentales mais séparées : la foi et la psychanalyse. La même question les traverse : la question du Père. Du côté de la religion, nommons-le : Dieu, mais le D’ieu du Sinaï, l’imprononçable, le non représentable, le D’ieu absent et du côté de la psychanalyse : le Nom du Père, le Grand Autre.[12] 

Pour les deux, un lieu vide, « où il n’y a que des textes » (d’après Pierre Legendre).  Cette place vide, lieu de la vérité qui ne peut que se « mi-dire », condition pour que la parole et la création du sujet adviennent.

L’originalité de notre travail et de notre rencontre, à nous Gens de Bernard, c’est de tenir ensemble ces deux références, qui nous échappent sans cesse.  

Au début de notre travail, ces références n’étaient pas établies comme un corps de doctrines tout préparé, c’est la rencontre du fou qui nous a amenés sur ces chemins. Si le psychotique souffre « d’un collapsus de la transcendance » selon la parole très forte de François Tosquelles (ce n’est pas l’absence de croyance, de contenu mais l’impossibilité même de l’acte de croire, l’a-croyance), il nous convoque, si nous ne voulons pas nous dérober, à répondre de notre conviction : «…Qui es-tu, toi qui me parles » ? Impossible ici de nous retrancher derrière un statut social ou un diplôme et pour les hommes de notre temps, que nous sommes, c’est-à-dire aux convictions un peu chancelantes, il a fallu réapprendre à croire et à avoir des convictions. Nous n’avons pu soigner, y compris la part de folie qu’il y a en nous-mêmes, qu’en progressant dans ces chemins de traverse. Soigner, c’est rencontrer l’autre dans sa souffrance, pour l’aider à revenir vers un projet d’humanité.

Qu’avions-nous donc à dire, à transmettre à ce psychotique qui nous interrogeait et qui le faisait, sans le savoir, du seul fait de sa présence ? 

Jean-Claude Guillebaud reprend ce terme dans un entretien récent : « …Qu’est-ce que transmettre ? Je n’aime pas l’expression transmettre des valeurs. D’abord parce que ce vocabulaire est emprunté à l’économie, à la pensée du nombre […] J’ai relu une grande partie d’un livre formidable de Pierre Legendre : ‘L’inestimable objet de la transmission’. Que s’agit-il de transmettre à nos enfants ? Une chose à la fois beaucoup plus simple et beaucoup plus intimidante que des valeurs. Il s’agit de leur transmettre un projet d’humanité. Un projet, et non pas des dogmes, des interdits, des recommandations disciplinaires. »

Avec les psychotiques, les malades mentaux, c’est ce chemin d’humanité que nous avons dû retrouver avec difficulté et beaucoup de temps, pour cheminer avec eux. Chemin d’humanité initié par Claude David dans sa compréhension du fait psychotique et son décryptage des textes.   

Nous avons tous remarqué, parmi les sottises médiatiques actuelles, cette expression qui est devenue le titre d’une émission : “C’est mon choix”. Elle semble partir de l’idée que l’individu, à lui seul, peut se choisir et choisir sa vie. Nous avons accrédité l’idée folle selon laquelle chaque individu est auto-construit et n’a plus besoin d’héritage, c’est-à-dire plus besoin de généalogie ni de transmission. Là encore, nous pouvons entendre une conséquence du refoulement de notre histoire, qui nous faisant oublier l’origine des termes, nous amène à des confusions de plus en plus graves.  

C’est à ce moment précis, où l’homme croit « s’auto-construire » qu’il devient le jouet des influences, de toutes les influences qui vont croiser son chemin et dans lesquelles il se laissera prendre puisque aucun repère solide, ni boussole ne viendra lui indiquer une direction.

Donc, ceux qui quittent un groupe, une association qu’ils ont beaucoup investi pensent-ils se libérer de toute influence ? Vont-ils retrouver une « liberté » que la communauté leur aurait confisquée ? Partir, quitter une communauté pour construire son avenir sur d’autres bases, faire d’autres choix, rien de plus légitime. Mais l’accomplir dans le refus, c’est vouer cette nouvelle fondation à l’échec ; c’est rejeter les repères mêmes qui fondent ce départ. Comment bâtir son histoire sur le ressentiment, puisqu’au contraire,  toute construction suppose transmission, généalogie ?  

Dans l’émission déjà citée, Elizabeth Roudinesco[13], psychanalyste et historienne, nous dit, en reprenant une expression de Jacques Derrida,  : « Son héritage, il faut le choisir, le construire, ni tout accepter ni faire table rase… il faut être ni fidèle, ni infidèle, ni tout renier, ni prendre en bloc ». Soulignant ainsi que cet « héritage » nous précède et nous façonne dans notre rapport à nous-même, aux autres et au monde.

 Mais allons plus loin, cette question concerne chaque homme dans le rapport à son histoire, à l’image que chacun se fait de lui-même.

Que peut nous dire, sur ce sujet le frère Prieur, déjà nommé ? Une remarque m’a surpris, quand il nous a expliqué que : « La première des vertus monastiques c’est le pardon ». Je m’attendais à l’obéissance ou à l’humilité. Mais le pardon, pourquoi ? Pourquoi inscrire - le pardon – comme première de toutes les vertus monastiques, dans le rapport à Dieu et aux autres, c’est-à-dire la notion de la culpabilité ? Je sentais que l’interrogation était beaucoup plus radicale et posait le soubassement pour accepter un héritage et le construire.

Si dans la religion, le mot culpabilité fait référence au péché, en psychanalyse la culpabilité porte à se considérer responsable d’un évènement ou d’un fait répréhensible ; pour Freud, elle est, même, une entrave au bon fonctionnement de la cure.

La réponse du frère Prieur, dans sa brièveté, me semble dépasser, infiniment, cette première approche.    

Ce qui est en question c’est l’acceptation. Le pardon, n’est pas, seulement, celui que l’on peut donner, mais aussi celui que l’on peut accepter de l’a(A)utre,[14] ou de son Créateur,  ne plus être dans une image absolue, narcissique - capable ou coupable - par rapport à l’a(A)utre. Accepter d’être pardonné, quitter ce manteau douillet de la culpabilité, cela revient à dire qu’il faut admettre tous nos actes, ceux dont nous sommes fiers, dont nous pouvons nous honorer, à juste titre pensons-nous, mais aussi ceux que nous voudrions renier, ceux qui nous font horreur, parce que ces derniers nous ont faits autant que les premiers. Les accepter, les reconnaître comme nôtres pour sortir de la culpabilité. Cela signifie aussi arrêter de porter la culpabilité de l’autre, ne plus prendre sur soi la charge de la faute, quitter l’inceste ; comme l’enfant si bien décrit par Freud qui prend sur lui, la faute, le manque de ses parents en se sentant coupable d’être battu. Cesser d’être le phallus imaginaire qui comblerait fantasmatiquement ses parents, ou l’Autre, ce qui ne peut qu’engendrer de la culpabilité puisqu’il est impossible de l’incarner. Cesser de se vouloir coupable, c’est accepter la castration, car rien, ni personne ne répond jamais à ce manque originel.

Un pasteur définissait le pardon comme « accepter la part de l’autre et reconnaître la sienne » et dans un jeu de mots il ajoutait : « Le pardon c’est donner la part ». Dans cette sortie de la culpabilité, le pardon donné à l’autre trouve son vrai sens. La liberté est à ce prix et c’est éventuellement à ce moment précis que nous pouvons choisir et construire notre héritage et nous ouvrir vers l’acte de foi.

Le parcours que nous avons tous à accomplir est ce passage d’une influence, de toute influence d’où qu’elle vienne, à une référence assumée, choisie, partagée. 

Derrière tout cela, reste le dernier sous-entendu à examiner : « Ils ne sont pas libres puisqu’ils sont sous influence ».

 

4. Mais qu’est-ce que la liberté ?   

D’abord et toujours l’étymologie, Le Littré : «1- Condition de l’homme qui n’appartient à aucun maître. 2- Se dit par opposition à captivité. 3- Se dit par opposition à clôture dans un établissement, dans un couvent, etc. 4- Liberté naturelle. 5- Liberté politique, liberté de commercer, de circuler… 6- La Liberté comme divinité… » Les définitions continuent ainsi pendant 5 pages !

Déjà se voit la confusion, la difficulté d’interprétation, les questions. Parle-t-on d’un sentiment intérieur ? D’une réalité extérieure ? D’une liberté naturelle, subjective, politique, des libertés de circuler, de commercer ?…     

De Platon à Hegel en passant par Aristote, Spinoza, Pascal, Kant… de très nombreux auteurs ou philosophes ont écrit sur le sujet. 

Arrêtons-nous sur la subversion apportée par la psychanalyse mais déjà amorcée par Spinoza qui écrit vers 1650 :« Les hommes se croient libres pour la seule raison qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorant des causes par lesquelles ils sont déterminés ».[15]

Dans plusieurs séminaires ou conférences ainsi que dans les Ecrits, Jacques Lacan revient sur ce thème ; pour lui la notion de liberté n’est pas, en tant que telle, l’affaire de la psychanalyse.

Notons quelques développements :     

 « Les hommes libres, les vrais, ce sont précisément les fous ».[16]

 « Un certain champ semble indispensable à la respiration mentale de l’homme moderne, celui où s’affirme son indépendance par rapport, non seulement à tout maître, mais aussi bien à tout dieu, celui de son autonomie irréductible comme individu, comme existence individuelle. C’est bien là quelque chose qui mérite en tous points d’être comparé à un discours délirant. C’en est un. »  

Continuons par un passage du Séminaire III, les Psychoses : 

« La psychanalyse ne se met jamais sur le plan du discours de la liberté, même si celui-ci est toujours présent, constant à l’intérieur de chacun de nous […] et toujours, imperceptiblement ou non, délirant. La psychanalyse vise ailleurs l’effet du discours à l’intérieur du sujet ». 

« J’ai essayé la dernière fois de vous montrer que le moi, quoi que nous pensions de sa fonction […], comporte toujours comme corrélat un discours qui, lui, n’a rien à faire avec la réalité. […] Je l’ai désigné comme le discours de la liberté, essentiel à l’homme moderne en tant que structuré par une certaine conception de son autonomie. Je vous en ai indiqué le caractère fondamental, partiel et partial, inexplicitable, parcellaire, différencié et profondément délirant ».[17]

 

Terminons par cette phrase, déjà citée, mais essentielle à notre propos :

  « Et l’être de l’homme non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté ».

 

A la suite de Freud, Lacan découvre que l’homme est assujetti au discours de l’inconscient qui le détermine ; il ne peut percevoir et exister que dans l’après-coup de ses effets.  Il reçoit ses déterminations de l’extérieur, du champ des signifiants, du Grand Autre : « nul ne peut être cause de  soi » affirme-t-il. Le discours de la liberté n’a rien à voir avec la réalité, elle (la liberté) se réduit à un choix forcé ; elle devient la possibilité de consentir à l’ouverture à l’être et aux autres, par le dénouement des « liens de servitude » surtout ceux qui, comme pour tout un chacun, nous lient à ceux que nous aimons. Défaire des liens pour rendre possibles les relations. Tâche infiniment délicate de la psychanalyse.[18]

 

 

Conclure ?

 

Posons simplement un jalon en continuant avec Jacques Lacan : « La seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c’est d’avoir cédé sur son désir. […] Allons plus loin. Il a souvent cédé sur son désir pour le bon motif et même pour le meilleur. […] Car s’il faut faire les choses pour le bien, en pratique on a bel et bien à se demander pour le bien de qui.  A partir de là, les choses ne vont pas toutes seules ».[19]

 

Pour Lacan la culpabilité est d’abord articulée au désir et donc à la structure du sujet, l’histoire œdipienne apparaît alors contingente voire comme un alibi pour le névrosé.  Être coupable, c’est vouloir être capable[20], c’est ne pas remettre en question son histoire personnelle ; s’accabler de reproches ou en faire à l’autre, c’est savoir, c’est croire savoir pour soi et pour l’autre ; quelles forces de « persuasion », de quelles manœuvres pouvons-nous être les experts pour ne pas quitter cette « deuxième » peau ?

 

Quitter cette culpabilité c’est, aussi, cesser d’accuser l’Autre et celui qui est mis, souvent,  dans cette place, c’est le père en tant qu’il incarne cette fonction.

Devons-nous croire qu’il est là pour nous garantir, nous protéger de ce qui nous arrive, des choix que nous avons faits ? Tel le « croyant » qui accuse Dieu des maux qui arrivent sur terre.   

 

On rejoint, en ce point,  la question princeps de la psychanalyse, celle de la Vérité qui ne peut que se « mi-dire ». Si la psychanalyse est une libération, c’est de l’accouchement de la parole personnelle d’un sujet dont il s’agit, parole refoulée, inconsciente. Libération qui peut tendre, ainsi, vers une sortie de cette culpabilité, dont nous sommes tous prisonniers. La liberté d’un sujet, fragile, jamais acquise, ne réside-elle pas dans cet écart ?  

 

 

Lacan nous rappelle, dans Le Mythe Individuel du Névrosé, le point de passage obligatoire de cette opération : « […]la théorie analytique est toute entière sous-tendue par le conflit fondamental qui, par l’intermédiaire de la rivalité au père, lie le sujet à une valeur symbolique essentielle – mais ce, vous allez le voir, toujours en fonction d’une certaine dégradation concrète, peut-être liée à des circonstances spéciales, de la figure du père. »  

Il ajoute que « l’expérience elle-même est tendue entre cette image du père, toujours dégradée », et une image qui« prend tout de même, d’une façon presque clandestine, dans la relation symbolique avec le sujet, la position de ce personnage très effacé par le déclin de notre histoire, qui est celui du maître – du maître moral, du maître qui institue à la dimension des relations humaines fondamentales celui qui est dans l’ignorance, et qui lui ménage ce que l’on peut appeler l’accès à la conscience, voire même à la sagesse, dans la prise de possession de la condition humaine. »     

Le déclin de cette figure paternelle n’est-il pas dans la logique de ce qui s’est concrétisé lors de la Révolution Française ? Le père, avec tous ses manques, ses errements, est cette porte nécessaire pour l’accès au symbolique qui signe la condition humaine ; en même temps, du fait de cette dégradation liée aux « circonstances spéciales », n’est-il pas celui qui peut - parfois inconsciemment, voire en toute « impunité »[21] - être mis en accusation dès lors qu’il tient, comme il le peut, cette fonction ?

Fonction de coupure, d’ailleurs, ouverture vers l’Autre. Il est l’étranger, l’absent…

« Pater semper incertus, mater certissima », le père cet « incertain » ne peut tenir sa fonction, comme le rappelle Jacques Lacan, que d’un consensus, d’une construction sociale qui se défait sous nos yeux aujourd’hui. Qui est ton père ? De qui es-tu le fils ou la fille ? A cette interrogation, répond un dire de la mère, une parole entre des personnes, une histoire ou un mythe familial, voire une relation d’amour. La substitution actuelle de la preuve dans la réalité, par la recherche de l’ADN en particulier, est la destruction de cette entrée dans le registre du symbolique, registre duquel le père tient sa place dans la suite des généalogies.

Et beaucoup de nouveaux pères, en désarroi devant leur enfant, se retrouvent seuls, coupés de leur propre filiation et n’arrivent plus à se situer que comme un « copain » ou dans le redoublement de la position de la mère… Disparaît alors cette articulation créatrice, pour un enfant, entre les deux positions : père et mère, articulation qui réintroduit l’histoire et permet de construire l’avenir.

Articulation qui invite au manque, à l’ailleurs dans la vie du petit d’homme et qui ouvre à la fois sur le doute et la transmission : passage vers l’acte de foi possible, à l’opposé du tout sécuritaire actuel.

Guy Delaunay

27 Novembre 07

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[1] Cité par Maurice Clavel in Délivrance, (Face à face Maurice Clavel et Philippe Sollers). Ed Seuil (Points)

[2] Cf. sur le sujet le texte : « Un psy en prison », sur le site : www.arefppi.fr

[3] L’association des Gens de Bernard : communauté chrétienne ainsi définie en référence à Bernard de Clairvaux, réformateur Du monachisme au XIIème siècle.

A.R.E.F.P.P.I. : Association pour la Recherche, l’Enseignement, la Formation et la Pratique d’une Psychanalyse Institutionnelle. Pour de plus amples informations cf. le site : www.arefppi.fr

[4] Emission : « A voix nue » de France Culture. Novembre 07

[5] Voir sur ce sujet le travail du CICNS (Centre d’information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités). : www.cicns.net  en particulier la vidéo sur le travail de l’ethnologue Maurice Duval et le compte-rendu du colloque : « Sectes, fléau social ou bouc émissaire ? » du 30 septembre 2007.

[6] Editions Albin Michel – sept 2007. (En particulier les pages sur « les sources de la Modernité » p. 60 et suivantes.)

[7] René Girard, « Je vois Satan tomber comme l’éclair », Grasset, 1999. Cité par Jean-Claude Guillebaud.

[8] Cf. à cet égard les travaux de Jean Baubérot (historien et sociologue) dont le CICNS se fait largement l’écho sur son site.

[9] Opus cité p. 87. Pour un développement complet, se reporter à l’ouvrage de Jean-Claude Guillebaud

[10] Claude David a été libéré le 9 juin 2007, après plus de 4 mois d’emprisonnement.

[11] Ouvert en 1965, comme atelier thérapeutique et familial en lien avec un service de l’hôpital psychiatrique Saint Jacques de Nantes, il deviendra la Fondation PI, centre de soins, original, qui poursuivra ses activités jusqu’en 1989. Il fermera suite à une lutte incessante contre l’administration qui lui déniera, quinze ans après sa première convention, la possibilité de continuer son travail de soins en la déclassant en maison de repos !

[12] En référence au travail de Jacques Lacan, l’autre avec un grand A, est le « réservoir des signifiants », il désigne un lieu symbolique – le langage, l’inconscient ou encore Dieu – qui détermine le sujet dans sa relation au désir. Le Nom-du-Père est au point d’articulation, c’est : « le signifiant qui dans l’Autre en tant que lieu du signifiant est le signifiant de l’Autre et lieu de la loi. » Dans le discours inconscient d’un sujet, c’est de l’Autre dont il s’agit ; c’est à partir de l’Autre qu’il parle et qu’il désire, le désir du sujet c’est le désir de l’Autre. L’Autre dans le sujet n’est pas l’étranger ou l’étrangeté. Il constitue ce à partir de quoi s’ordonne la vie psychique, c’est-à-dire un lieu où insiste un discours qui est articulé, même s’il n’est pas toujours articulable pour le sujet. (D’après le Dictionnaire de la Psychanalyse et citations de Jacques Lacan).     

[13] Dans l’émission « A Voix Nues » déjà citée - novembre 07. France Culture

[14] Dans le sens défini précédemment.

[15] Spinoza. L’Ethique - 1650

[16] Cours du mercredi, chez Henri Ey. 1969

[17] Séminaire Livre III – Les Psychoses. Editions du Seuil, 1981. P 150-152-165

[18] D’après Marie Balmary – Le Sacrifice Interdit. L de P – Collection biblio-essais.

17 Jacques Lacan. Le Séminaire Livre VII – L’Ethique de la psychanalyse. Editions du Seuil – p 368.

[20] Ou incapable, ce qui est l’envers et l’endroit de la même médaille.

[21] Terme employé par Jacques Lacan pour définir le héros : « c’est celui qui peut impunément être trahi ». Cf. Le Séminaire Livre VII – p. 370.                        

 

 

________________________________________________________________________________________________ CLARIFIONS CETTE HISTOIRE DE SECTE, PAR ALICE CHERBONNEL (www.cherbonnel-psy.net)

a) Qu’est ce qu’une secte

Qu’est ce qu’une secte ? Si sectare veut dire « suivre » en latin et « Gourou » veut dire maître en hindi, alors, une secte est un endroit où des gens suivent un maître, littéralement. Ce qui est donc parfaitement bien réputé et admis dans certains pays est donc connoté de façon méprisante dans le pays des droits de l’homme, la France, dont pourtant la racine du nom est voisine du mot « affranchi », ce qui veut dire « ceux qui n’ont pas de maître ». Est-ce l’idée de « soumettre » sa pensée à celle d’un maître qui donne des boutons aux gens bien instruits, de peur d’en perdre sa libre pensée, estimant que seuls les universitaires ont le droit de se faire « maître » ? Là aussi, question libre pensée, on peut aussi contester : il n’y a pas plus dogmatique et « pensée unique » que ce milieu là.

La France, pays de la fronde, a donc choisi la devise « ni Dieu ni Maître » sans le savoir, en rejetant les maîtres authentiques, ceux qui donnent la liberté intérieure et permettent la maîtrise de Soi. Elle s’est dotée d’autres maîtres, titulaires de maîtrises au service de l’homéostasie, la force qui s’oppose au changement. Or quand vous regardez une rivière, le flux qui coule n’est jamais le même, c’est une allégorie de la vie. Les rives peuvent être modifiées, et c’est toujours la même rivière. Seuls les gens qui vivent dans la peur souhaitent que l’eau devant eux soit toujours la même, avec le même volume, la même forme, la même composition chimique : c’est ce que nos normes européennes sont entrain de créer. On veut canaliser et contrôler le vivant. Le contenu des enseignements universitaires a toujours dix à vingt ans de retard sur les découvertes (et encore !), on continue d’affirmer des théories qui sont réfutées à l’école. Quand des scientifiques développent des systèmes de pensées qui contredisent les précédents ils sont mis au banc de leur société, privés de moyens ; un peu comme l’église avec les saints : d’abord, on te massacre, ensuite, après ta mort, tu es sanctifié et on profite de tes travaux.

Alors dans ce contexte, et sans faire le linguiste provocateur, qu’est ce que c’est que ce phénomène sectaire et pourquoi on ne peut pas s’en sortir avec les moyens de lutte actuelle ?

Il est vrai qu’il existe des organisations où un individu peut perdre le bon sens et commettre des actes qu’il va regretter, ou participer à des choses qui au fond de lui, n’ont pas son accord intérieur. Il est vrai qu’il existe des gens qui vont remettre leur pensée et leur discernement dans les mains d’autrui. Ceux qui savent les guident.

Ceci fait très peur car effectivement, cela représente la perte de contrôle de ses actes et de la direction de sa vie, et cela rentre dans ce qu’on appelle le délire paranoïaque, c’est-à-dire attribuer à autrui toutes les responsabilités de ce qu’on fait ou ce qu’on pense. C’est ce que certains psychiatres appellent « les externalistes », les gens qui pensent que tout est de la faute des autres et que les autres ont le pouvoir de prendre un ascendant sur eux (sans voir qu’ils le leur donne), de générer leurs émotions ou leurs actes. En général les externalistes ne peuvent pas changer et sont ce qu’on appelle aussi les psychorigides, tenus par un noyau paranoïaque puisque la peur rigidifie leurs pensées. Ils ne savent pas que la seule personne capable de générer leurs pensées, leurs émotions ou leurs actes, c’est eux même.

En d’autres termes, irresponsabilité totale. Je me souviens d’un reportage où des parents parlaient d’une secte en disant « on nous faisait battre nos enfants ». J’étais outrée. C’est quand même eux qui tenaient le martinet ! Trop facile ! Si l’on remet la responsabilité dans les mains de l’auteur, alors « on m’a dit de frapper mon enfant et cette parole m’a semblé correcte alors je l’ai exécutée ».

 

b) Neuf nouveaux critères de structure sectaire

Pour avoir une telle défaillance de discernement, qu’on rencontre un gourou – je vais plutôt utiliser le terme de « dominateur » par respect pour l’Inde - et qu’on lui remette toute confiance, prenant toute parole qu’il prononce comme vérité absolue, il faut avoir un « petit » problème à la base.

Pour réussir à faire une telle absurdité, il faut avoir une STRUCTURE psychologique qui s’y prête et celle là vient de la FAMILLE et du mode de COMMUNICATION en vigueur dans cette famille !

Voici donc comment on prépare un enfant à être structuré de manière à ce qu’il trouve normal de soumettre sa pensée à autrui ou d’infliger ses croyances avec violence et domination, ce qui est la même chose, dans un sens ou un autre.

  1. On admet une figure d’autorité absolument incontestable sous peine de châtiments terribles. Le père par exemple. On ne permet pas aux enfants de dire non ou d’exprimer leurs sentiments, et même parfois, simplement, de parler.
  2. On fait passer l’idée que la figure d’autorité est la seule à détenir le savoir et que les autres ne savent rien, les enfants doivent tout apprendre.
  3. On utilise le chantage affectif et la menace de coupure de relation « si tu fréquentes un arabe, je te mets dehors » ou « si tu n’es pas gentil avec maman, tu iras en pension ». Ce sont ces enfants là qui plus tard, coupent tous les ponts pour se préserver.
  4. On critique et on diabolise les gens qui ne sont pas comme nous. Et parfois, c’est pour de vrai, dans des familles déjà sectaires ou très croyantes, on développe l’idée que nous sommes purs et que les gens dehors sont plein de diables.
  5. On considère que la force est un bienfait supérieur à la liberté et on ordonne, on tape ou on punit avant de discuter ou d’essayer de comprendre.
  6. Parfois même, on commet des abus sexuels ce qui brise définitivement toute capacité d’un enfant de dire non jusqu’au cœur de son être, on lui montre qu’on a le droit de tout lui faire et qu’il est impuissant devant l’adulte détenteur de pouvoir. C’est une marque relativement indélébile.
  7. Finalement on utilise donc le recours à la force, la menace, la punition, l’humiliation, la privation de liberté de façon courante. Ça fait une ambiance terrible dans la maison.
  8. La mise sous dépendance : tant qu’un enfant est sous l’autorité de ses parents il est normalement dépendant, mais cela peut être renforcé par la sape de l’estime de soi et certaines manœuvres, comme de transmettre la ferme au fils aîné avec toutes les dettes, la mère y compris dans les murs.
  9. On utilise systématiquement LA PEUR comme levier comportemental.

Liste non exhaustive !

L’individu ainsi constitué est donc maintenant prêt pour penser qu’il est normal de reproduire cela avec ses propres enfants, son conjoint, ou de le subir. Le voilà parfaitement rôdé pour tomber sous l’emprise d’un maître (dans le sens esclavage) qu’il ira d’ailleurs rechercher avec ardeur, puisque sans le maître on est perdu. Il se peut qu’il s’en affranchisse ensuite en déposant de grandes plaintes, pour régler par exemple son compte avec son père qu’il n’a jamais pu contester.

 

c) Application à diverses institutions

Je propose donc ces nouveaux critères pour examiner qui et quoi se comporte ainsi dans la société.

Fonctionnement d’un état :

On admet une figure d’autorité incontestable. Il faut voir si notre état accepte la contestation et comment cette dernière est prise.

L’infantilisation : seuls les parlementaires détiennent le savoir et les autres ne savent rien : on vérifie si les parlementaires sont prêts à prendre en compte les informations de la base pour savoir si l’état se sectarise.

On utilise le chantage affectif et la menace de coupure de relation : l’état ne peut pas virer les français mais, ça se peut pour les autres.

On critique et on diabolise les gens qui ne sont pas comme nous. Il faut voir si dans la communication de l’état on parle beaucoup en mal du monde ou si on met en valeur tous les progrès effectués et toutes les belles choses accomplies.

On considère que la force est un bienfait supérieur à la liberté et on ordonne, on tape ou on punit avant de discuter ou d’essayer de comprendre : Il faut regarder si l’état permet une large concertation avant décisions et si effectivement la force n’est utilisée qu’en dernier recours ou bien si elle est une sorte d’habitude.

Parfois même, on commet des abus sexuels ce qui brise définitivement toute capacité d’un enfant de dire non jusqu’au cœur de son être, on lui montre qu’on a le droit de tout lui faire et qu’il est impuissant devant l’adulte détenteur de pouvoir. C’est une marque relativement indélébile. Il faut donc voir si l’état ne viole pas l’intimité d’autrui, ne procède pas à des arrestations arbitraires avec des fouilles intimes pour un oui ou pour un non, ce qui est une sorte de viol, légal.

Finalement on utilise donc le recours à la force, la menace, la punition, l’humiliation, la privation de liberté de façon courante. Ça fait une ambiance terrible dans la maison : quelle Ambiance en France ?

La dépendance : là nous sommes comme des enfants avec le système économique : tous interdépendants. On ne sait plus rien faire de nos mains.

La peur : dans quoi nous fait on vivre ?

Prenons ensuite l’université, grand formateur et détenteur du savoir officiel, et pour exemple la médecine :

On admet une figure d’autorité incontestable. Les décisions de l’éducation nationale sont très difficilement contestables, ne parlons même pas de l’Ordre des médecins.

L’infantilisation : seuls les diplômés détiennent le savoir et les autres ne savent rien : C’est l’attitude de la médecine dans son ensemble qui considère que seuls eux ont le droit de réfléchir et donner avis sur la santé, toute autre approche est considérée illégale, carrément.

On utilise le chantage affectif et la menace de coupure de relation : Il faut voir si un médecin est libre de sa pratique ou s’il risque de se faire virer de l’Ordre au cas où il ne fasse pas exactement comme il a été déterminé de faire, dans les protocoles à appliquer.

On critique et on diabolise les gens qui ne sont pas comme nous. Il faut voir comment parle-t-on des autres approches de santé des autres pays, peuples premiers ou simplement de ceux qui ne font pas comme on dit.

On considère que la force est un bienfait supérieur à la liberté et on ordonne, on tape ou on punit avant de discuter ou d’essayer de comprendre : au fait ça s’appelle comment ? Une ORDONNANCE ?

Parfois même, on commet des abus sexuels ce qui brise définitivement toute capacité d’un enfant de dire non jusqu’au cœur de son être, on lui montre qu’on a le droit de tout lui faire et qu’il est impuissant devant l’adulte détenteur de pouvoir. C’est une marque relativement indélébile. Pas de commentaire. Normalement, pas de souci de ce côté-là avec les médecins, certainement moins qu’avec les prêtres ou instituteurs.

Finalement on utilise donc le recours à la force, la menace, la punition, l’humiliation, la privation de liberté de façon courante. Ça fait une ambiance terrible dans la maison :

Ça concerne les médecins « dissidents »…. Ou éventuellement ce sont les patients qui se chargent des médecins, dès que ceux qui sont à leur service n’ont pas soulagé le mal ou qu’on les suspecte d’une erreur. Eh oui, quand on détient un savoir infaillible, il ne faut pas s’étonner qu’on attende un résultat infaillible.

Mise sous dépendance : ça ne dérange pas qu’on soigne toujours les symptômes sans traiter le terrain, sans faire de préventif ? Et que les mêmes reviennent plusieurs fois par mois ? En chine, le médecin était payé pour que personne ne tombe malade et non gratifié quand cela arrivait. On parle des médecins, mais j’y inclus la psychanalyse et ça ne va pas plaire : tant pis.

Peur : Pour qu’on se soigne bien, on nous raconte toutes les horreurs qui peuvent nous arriver si l’on ne le fait pas.

Je vous fais grâce des partis politiques, des relations de couples, du harcèlement moral en entreprise, des religions… et même ! des associations de défense anti secte.

Je ne fais pas ici le détail des techniques de manipulation mentale et de mise sous dépendance ou assujetion : tous les utilisent même sans le savoir. Il faudrait un manuel entier pour cela.

Juste un exemple de mise sous dépendance simple et connue que je peux dénoncer puisqu’elle n’est plus autant prégnante :

  1. Créer une grande liste de fautes de manière à s’assurer que les gens en commettront au moins une régulièrement.
  2. Faire peur aux gens pour leur salut.
  3. Créer l’antidote, la confession, afin qu’ils viennent régulièrement les avouer. Le levier est la peur.

Le résultat fut un formidable réseau de renseignement sur la population, puisque le secret de la confession n’existe pas pour les supérieurs hiérarchiques des prêtres. Ainsi l’évêque ou le cardinal pouvait savoir tout ce qui se passait dans les têtes et jusqu’à la culotte des ouailles de son territoire. On a fait mieux que les écoutes téléphoniques, et sans technique.

 

d) Pourquoi la lutte contre les sectes est-elle inefficace ?

Vous comprendrez que ce n’est pas la secte qui est un problème mais les relations de domination et le manque de respect qui prédominent dans TOUTES LES COUCHES DE LA SOCIETE. Personnellement, je crois que c’est un vestige de l’esclavage qui a duré des millénaires. Le plus gros morceau reste l’idée de possession d’autrui encore en vigueur dans les couples, à la racine de la jalousie : tout cela est bien ancré et tout le monde trouve ça normal. Mais pourtant, légalement, personne n’appartient à personne. D’ailleurs, le mot « possédé », se faire « avoir », montre bien ce qu’il en est du fait d’appartenir à autrui.

Vous comprendrez peut être aussi que les familles de victimes ont la même structure relationnelle que les victimes elles même ! Et donc utilisent les mêmes procédés que les sectes pour se battre contre ces dernières, comme les gendarmes utilisent des stratégies proches des voleurs pour les pincer !

Pourquoi la sœur d’un médecin très connu et fer de lance contre les psychothérapeutes, n’a-t-elle pas voulu se soigner de manière conventionnelle alors que son frère lui, savait comment faire pour la sauver ? Pourquoi a-t-elle été si résistante au discours de son frère, au péril de sa propre vie ? C’est que plus que sa vie, elle préservait son intégrité et le droit d’avoir ses propres pensées, elle ressentait comme une violence son milieu familial. Plus elle tentait de s’en protéger, plus ils l’agressaient en dénigrant ses choix et en la ridiculisant, en l’infantilisant, plus elle résistait en s’enfuyant dans l’autre sens. Et maintenant ce parlementaire en veut à mort au psychothérapeute qui a écouté avec bienveillance sa sœur, l’accuse de manipulation mentale, et en veut à toute la profession, se venge magistralement. On voit bien que les causes ne sont pas du tout là où on le croit. Dans l’esprit du parlementaire, le psychothérapeute aurait du convaincre et force sa sœur pour lui sauver la vie. Le rôle du psy n’est pas là ! Les gens qui ont des relations de domination les prêtent aux autres. Mais comme disent les enfants, c’est celui qui dit qui y est.

C’est là TOUT le problème de la lutte contre les sectes. Si vous hurlez sur un enfant en lui disant « je te défends de crier !!! » cela n’est absolument pas efficace car vous lui montrez exactement le comportement qui marche, puisqu’il se fait par la peur. Donc, on valide l’idée que hurler est un comportement efficace ainsi que prendre le pouvoir de cette manière là.

Quand on lutte contre les sectes de manière sectaire, ON LES RENFORCE !!!!!

Ainsi que disait mère Térésa, « si vous voulez m’inviter à une manifestation contre la guerre, je ne viendrai pas ; mais si vous m’invitez à une manifestation pour la paix, je serai des vôtres ».

 

e) Que faut il faire pour qu’il n’y ait plus de secte?

DEVELOPPER LA LIBERTE DE PENSER, LE RESPECT, LA TOLERANCE, L’EGALITE, LA FRATERNITE, L’HUMILITE…. LA CONFIANCE ET L’AMOUR

L’humilité des autorités et de tous ceux qui pensent détenir le savoir pour enfin écouter les voix qui s’élèvent et réclament le droit à d’autre mode de soins pour soi, n’excluant pas la médecine conventionnelle, réclament le droit à une spiritualité libre voir même laïque ; la fraternité avec respect pour les autres peuples et les croyances d’autrui : il faudra peut être cesser de croire au diable (épouvantail projeté sur l’idée de « la secte » et provoquant des peurs irrationnelles), l’inquisition c’est fini !

Le respect de tout être, y compris végétaux, car nous croyons être la seule espèce dotée de conscience sur terre, mais qui nous l’a dit ou prouvé ? Il y a encore peu, la femme n’avait pas d’âme ! Sommes nous les héritiers de cette pensée pour croire que les animaux, végétaux, voir même notre planète n’ont aucune conscience ? Le respect de la vie, tout simplement, car sinon nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis.

L’égalité entre humains, la justice, oh là vaste chantier que je ne développerai pas…et qui va avec le respect.

La tolérance, c’est la non résistance aux idées des autres et la non conformisation excessive des comportements, dans la mesure ou rien n’est menaçant pour l’équilibre de la société. Plus cette société sera souple, plus il sera facile de respecter les lois. Comme pour les enfants : peu d’interdits mais bien marqués sont plus faciles à respecter que trente mille interdits qu’on n’arrive pas à reconnaître : pour sûr, on finit par se faire taper sur les doigts un jour où l’autre.

La liberté de penser : cesser de mettre en examen les trublions qui n’ont rien fait d’autre que de s’exprimer, arrêter de les mettre sur écoute, de contraindre les gens qui ne pensent pas comme il faudrait ! Laisser le droit d’expression libre, même si ça ne plaît pas. On a peut être un peu plus de liberté qu’en Birmanie, mais il reste encore du chemin à faire.

Et finalement si l’on obéissait à l’AMOUR et si l’on faisait CONFIANCE à l’être profond qu’est l’autre et soi même, et bien, cela ferait bien longtemps qu’il n’y aurait ni secte ni ce qu’il y a de plus grave, d’attitude sectaire.

 

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DEFENSE D’ECRIRE ! AU SUJET DE CLAUDE DAVID, PAR GUY DELAUNAY (AREFPPI)

Bien que sa libération conditionnelle, sous contrôle judiciaire, ait été accordée par le juge d’instruction le lundi 4 juin 2007 et confirmée par la chambre de l’instruction le 26 juin, Claude David est toujours en prison. Les murs de la maison d’arrêt sont remplacés d’une manière pernicieuse par ceux de la délation, de la suspicion, de la méconnaissance.

Cette libération conditionnelle est assortie de conditions restrictives et, certaines, iniques:

- interdiction de séjour en Midi-Pyrénées,

- interdiction de reprendre son travail de psychanalyste,

- interdiction d’enseigner, de donner des conférences,

- et enfin interdiction d’écrire !!

La justice a décidé de couper un homme de son histoire, de ses amis, de son travail, bref, de tout ce qui fait sa raison de vivre. Si les premières conditions peuvent, à la rigueur, se déchiffrer dans une logique de dénonciation d’un pseudo-groupe sectaire, qui n’existe que dans l’imagination de personnes incapables de s’assumer et d’assumer leurs choix et qui ont trouvé une oreille complaisante, à la fois dans des officines douteuses et dans les médias, comment justifier l’interdiction d’écrire ? Ecrire, suivant le radical latin scrib, c’est creuser. Tracer sa voie, son sillon, son chemin ! Avec les tombes, ce sont les premiers signes de civilisations qui indiquent que nous sommes en présence d’hommes qui cherchent au-delà d’eux-mêmes, au-delà de la mort, à transmettre. Transmettre c’est transporter, faire passer, c’est un trajet, une traversée.

Tous ces mots, ces signes, qui dans toutes les langues, marquent la brièveté de notre passage sur cette terre, le manque radical du sujet humain qui ne peut se sublimer que par cette volonté d’écrire, d’être présent malgré l’absence, malgré les conditions et les difficultés présentes. C’est, enfin, le rapport à la mort et, au-delà, à la transmission. Comment peut-on décider qu’un homme soit coupé de ses racines et de la faculté de se reconstruire? De quoi a-t-on peur ? Que peut enseigner un psychanalyste ? Que peut transmettre Claude David ? En maintenant une confusion voulue entre un homme et son œuvre, on justifie cette double interdiction d’enseigner et d’écrire ! C’est la brèche qu’attendaient, et dans laquelle se sont engouffrés nombre de psychanalystes, de médecins ou de soignants qui l’ont approché et qui désavouent, par leur silence obstiné, son travail de psychanalyste et de soignant. La condamnation est écrite d’avance, avant tout jugement.

Les visiteurs ou les stagiaires du centre de soins, dont Claude David était le co-fondateur, étaient surpris et interrogés, d’abord, par la liberté de parole des soignés. Comme le souligne Roger Gentis : « …la qualité des soins dispensés à la Fondation est impressionnante. Les soignés manifestent une liberté de parole presque incroyable… Je ne parle pas d’une liberté qui serait octroyée ou consentie mais de la liberté que prennent les soignés, et qui va de pair avec la responsabilité dont ils se sentent investis… Il faut déployer beaucoup d’intelligence, de savoir-faire et de travail pour en arriver là… »

Le deuxième aspect qui les interpellait ensuite était la difficulté de caractériser les soignants des soignés, il n’y avait pas de signes matériels distinctifs entre eux. La différence tenait à la fonction. La Charte soignants-soignés stipulait que par ses actes un soignant pouvait se trouver en position de soigné et un soigné, inversement, en position de soignant, bouleversant ainsi toutes les hiérarchies et les statuts sociaux. Bouleversement si cher à tous les tenants de la psychothérapie institutionnelle et rarement réalisé.

En effet, quelle institution a poussé aussi loin l’enseignement à la fois de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle ? L’aventure concernant le centre de soins se termine en 1989 sur des accusations similaires à celles qui conduisent aujourd’hui Claude David en prison, une alliance contre nature entre : l’administration qui n’a jamais supporté un fonctionnement aussi singulier, d’anciens soignants et des psychiatres qui ont cherché à se venger et l’instrumentalisation par l’Adfi qui va poursuivre pendant plus de vingt ans, de sa haine, Claude David. Jacques Lacan rappelle que la psychanalyse « est essentiellement ce qui réintroduit dans la considération scientifique, le Nom-du-Père. » Le travail de Claude David fut de travailler sans cesse cette question du rapport au père, de la transmission, d’avancer des hypothèses, faire œuvre de pionnier dans certains rapprochements entre les travaux de Jacques Lacan, Pierre Legendre et récemment Emmanuel Lévinas. Aussi dangereuse qu’insidieuse, une campagne obscurantiste se développe. Elle vise la psychanalyse et toutes les psychothérapies relationnelles qui considèrent que le traitement de la souffrance psychique ne saurait relever de la seule médecine ou de techniques dites “scientifiques”. Dans le procès en cours, si l’on parvient à soutenir que la technique psychanalytique est un instrument de « sujétion psychologique », c’est un pas de plus qui aura été franchi vers la disparition de cette « praxis du sujet. » Et par delà les attaques dont fait l’objet une personne, nous devons nous insurger contre la mise en place d’une véritable “police de la pensée”. Le combat pour faire reconnaître son innocence et démonter la machination orchestrée par Info-sectes, qui s’est portée partie civile dès le mois de février, continue plus que jamais.

Rappelons cette phrase du Pasteur Niemöller : “Lorsqu’ils ont arrêté les communistes, je n’ai rien dit car je n’étais pas communiste. Ils sont venus pour les socialistes, et je n’ai rien dit car je n’étais pas socialiste. Ils sont venus pour les dirigeants syndicaux, et je n’ai rien dit car je n’étais pas dirigeant syndical. Lorsque ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai rien dit, je n’étais pas catholique. Lorsque ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif. Puis ils sont venus me chercher et il ne restait plus personne pour protester“.

Devant la nouvelle « chasse aux sorcières » qui est ouverte aujourd’hui, gardons cette phrase présente à l’esprit.Guy Delaunay - Juillet 2007

1) Psychiatre des Hôpitaux, il se présente en disant « ayant derrière moi trente-cinq ans d’exercice de la psychiatrie institutionnelle…»

2) Ce travail de près de 25 ans a donné lieu à une monographie : ‘’In Illo Tempore’’, thèse de doctorat de psychologie de Claude David parue en 1988 dans laquelle il démontre (pièces à l’appui) la déjuridiciation de l’administration française ou l’administration hors la loi !

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NOS ENFANTS, COBAYE DE LA PSYCHIATRIE, par PIERRE VICAN - Colloque CAP-LC le 2 juin 2007

Je tiens tout d’abord à remercier les organisateurs de ce colloque sur la Liberté de conscience de m’avoir invité pour parler de mon livre Nos enfants, cobayes de la psychiatrie ?

Ce livre a été publié il y a un an. Je l’ai écrit en prenant un sujet très particulier qui est l’emploi de la Ritaline dans le traitement des troubles du comportement infanto-juvénile. Je voulais savoir, en tant que journaliste et écrivain spécialisé dans le domaine de la santé et du bien-être, ce qu’il en était de la façon de venir en aide aux enfants en souffrance psychologique.

Le titre de mon livre est sans doute provocateur mais je crois important d’éveiller les esprits sur ce que j’appellerai un abus général de la médicamentation des troubles mentaux des enfants. Lorsque l’on commence des recherches journalistiques pour tenter de voir si un sujet vaut le coup d’être traité sous forme de livre, il arrive que l’on aille de la surprise à l’incompréhension, en passant par des doutes, puis par l’incrédulité pour finir par une pure révolte.

Ç’a été le cas…Pour commencer, j’aimerais vous lire deux citations qui m’aideront à poser le débat. La première est celle de Carl Rogers. Vous le connaissez sans doute de réputation. C’était un grand psychologue américain, qui a eu son heure de gloire dans les années 1970. Voici ce qu’a écrit cet ancien président de l’Association américaine des psychologues :” Nous pouvons décider de faire usage de notre savoir grandissant pour asservir les gens d’une manière jamais imaginée encore, pour les dépersonnaliser et les contrôler par des moyens si soigneusement choisis qu’ils ne s’apercevront peut-être jamais de leur perte de personnalité“. J’ai trouvé cette citation dans un livre qui s’intitule L’Homme remodelé, traduit de l’américain, écrit par le journaliste Vance Packard. Ce livre écrit dans les années 1970 est absolument stupéfiant puisqu’il démontre combien les individus que nous sommes sont devenus le champ d’expériences et de recherches plus ou moins scientifiques visant à reconstruire, refaçonner notre personnalité. Ces expérimentations officielles ou secrètes sont subventionnées par des universités, des laboratoires et des États et sont effectuées par des milliers de psychologues, psychiatres, statisticiens, pharmacologues, sociologues, généticiens en Europe, aux Etats-Unis et ailleurs. Ce livre expose une réalité qui dépasse la fiction, même celle imaginée par Aldous Huxley.

Dans ce même livre se trouvent des déclarations aussi surprenantes que celle du psychologue américain James V. McConnel :« Il faudrait que nous reconstruisions la société de telle manière que tous, depuis notre naissance, nous soyons entraînés à faire ce que la société veut que nous fassions », ou encore que celle d’un autre psychologue, Perry London :« La technologie du contrôle du comportement permet aujourd’hui d’obtenir la conformité des individus avec plus de sûreté et moins de résistance que jamais.»

Cela laisse évidemment pour le moins pensif…Je voudrais également vous lire une autre citation, celle d’Henri Pradal. C’était un grand toxicologue, auteur du livre qui était un best-seller en son temps, le Marché de l’angoisse. Pradal est aussi connu pour avoir créé ou cofondé le magazine indépendant Alternative Santé.Voici ce qu’il a écrit : “Les tranquillisants apparaissent comme des agents extrêmement efficaces de stabilisation sociale, puisqu’ils déconnectent les personnes et tissent autour d’elles une gangue immatérielle mais parfaitement isolante et protectrice. Atténuant les pulsions critiques, assouplissant la rigidité des comportements, réduisant à presque rien les impatiences et les revendications, les tranquillisants font plus, pour le maintien de ce qui est, que toutes les forces d’information et de police”.

Selon un certain nombre de psychiatres et de pédopsychiatres, des enfants souffrant d’hyperactivité doivent être secourus. L’hyperactivité est définie comme le fait pour un enfant de bouger de manière excessive par rapport à ce qui est attendu pour son âge. Pour les spécialistes de la psychiatrie infantile, le comportement hyperactif de l’enfant s’accompagnerait, dans la plupart des cas, de problèmes d’inattention.

C’est ce que définit le sigle « TDAH », sigle voulant dire « Troubles de Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité ». Ces enfants sont incapables de bien écouter ce qu’on leur dit, d’organiser leur travail et d’exécuter les tâches qui leur sont demandées. Leur participation à des jeux, à des sorties ou à des rencontres sportives dégénère souvent en bagarre. Ils créent de nombreux problèmes conflictuels au sein de la famille, entre camarades et à l’école, ce qui est particulièrement perturbant pour les parents, les enseignants, les camarades de classe. Le TDAH affecte en outre gravement les performances scolaires de l’enfant et a des conséquences négatives dans de nombreux aspects de son existence. L’harmonie familiale serait ainsi bouleversée et l’avenir de l’enfant condamné. Le problème avec cette définition, comme c’est le cas de nombreuses définitions psychiatriques des troubles comportementaux, c’est de ne pas déterminer la frontière entre la normalité et le pathologique. Aussi, vaut-il mieux aller directement à la source et utiliser l’une des seules références apparemment officielles dans ce domaine, à savoir la « bible » de la psychiatrie internationale, éditée par l’Association américaine de psychiatrie : le fameux DSM-IV. Cet ouvrage, dont le titre est « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux » – version IV, renferme quelque 320 définitions de pathologies mentales dont le TDAH. Cet ouvrage est de plus en plus utilisé dans le monde.

J’ai exposé dans mon livre la liste des critères diagnostics, tirés du DSM-IV, qui permettent de dire si oui ou non un enfant est « hyperactif » (ou souffre du TDAH).

En voici quelques exemples :

” • Échoue souvent à porter une étroite attention pour des détails ou fait des fautes d’inattention pour les devoirs, au travail ou dans d’autres activités ;

• a souvent l’air de ne pas écouter ce qu’on lui dit ;

• agite souvent ses mains et ses pieds ou se tortille sur sa chaise ;

• a souvent du mal à jouer ou à avoir des loisirs en silence ;

• parle souvent trop… »

On pourra apprécier le caractère scientifique de ces critères qui contiennent à chaque phrase le mot « souvent ». Pour être précis, il existe en tout 18 critères du TDAH et le mot « souvent » est employé… 17 fois ; la seule fois où il n’est pas utilisé dans un critère, on trouve le mot très technique de « facilement » (« Est facilement distrait par des stimuli externes. »).

Inutile de dire, mais je vais le faire quand même, que n’importe quelle maman, en lisant cette liste, y reconnaîtrait n’importe lequel de ses enfants. Plus grave, n’importe quel médecin généraliste, peu formé aux arcanes de la psychologie humaine, imbu d’une connaissance parcellaire du DSM et du TDAH, y reconnaîtrait au moins la moitié de ses jeunes patients. La subjectivité de ces critères les rendent étrangers à ce qu’il est convenu d’appeler une science.

Ce que l’on ne dit pas aux parents qui consultent un pédopsychiatre parce qu’ils y sont obligés dans certains pays ou qu’ils y sont très fortement invités par la psychologue scolaire ou le chef d’établissement, sous peine de mesures de rétorsion, du fait que leur enfant est insupportable à l’école, qu’il n’écoute pas ses professeurs et que ses notes sont désastreuses, ce qu’on ne leur dit pas quand le médecin diagnostique une « hyperactivité » sur la foi du DSM-IV et qu’il prescrit « pour son bien » de la Ritaline ou du Concerta, c’est que ce « médicament » est une amphétamine.

Qu’est-ce qu’une amphétamine ?

Eh bien vous le savez tous, c’est du « speed », de l’« amphét », vous savez, ce que les gosses consomment dans les rave-party pour se droguer. Ce qu’on ne leur dit pas, quand on leur explique que l’avenir de leur enfant est condamné si on ne lui vient pas en aide avec cette cure, c’est que la molécule, le principe actif de ce produit, dont le nom chimique est « méthylphénidate », est un prototype de la cocaïne. Je ne l’invente pas, c’est marqué noir sur blanc dans toute bonne monographie pharmacologique. Le méthylphénidate est d’ailleurs inscrit au Tableau II des stupéfiants dans le monde entier. La Ritaline, qui était utilisée par les athlètes pour se doper et qui, par discrétion, avait pour nom de code « Riri » dans les stades et les circuits – je parle des années 1950 – est interdite par le Code mondial antidopage. Et la plupart des amphétamines qui firent la fureur des officines de pharmacie et des publicités coupe-faim destinées aux jeunes femmes inquiètes de la finesse de leur ligne, furent interdites à la suite d’une longue série d’accidents graves dont plusieurs dizaines de décès dans la population. Et c’est cette même molécule que l’on donne actuellement aux enfants, sous prétexte qu’ils souffrent d’un comportement déviant qui doit être corrigé, alors que leur maturité physique et psychologique est en pleine phase de croissance.

Alors, je pose la question : les enfants sont-ils des cobayes de la psychiatrie ?

Ce qu’il faut également savoir, c’est que la psychiatrie, au terme d’une trentaine d’années de recherches dans ce domaine, ignore toujours quelles sont les causes de l’hyperactivité, méconnaît toujours les effets à long terme de la Ritaline sur les sujets, avoue elle-même « qu’ils n’ont pas de données sur les enfants », que cette discipline ne guérit pas les pathologies mentales, qu’elle ne traite que des symptômes – ce sont les psychiatres eux-mêmes qui le disent, ce n’est pas moi – et ils n’ont toujours pas apporté la moindre preuve médicale de l’existence de l’hyperactivité comme de celle de bon nombre de « pathologies » mentales.

Mais ce qui est sidérant, si je peux me permettre cet adjectif, c’est qu’ils continuent de prescrire une drogue aux effets délétères, censée traiter les symptômes d’un trouble dont les manifestations n’ont rien de pathologique, à moins de déclarer que la normalité est déviante.Que faut-il en conclure ? Que les enfants sont devenus un champ d’expériences de molécules dangereuses qui les dépersonnalisent et les mutilent, en violation des principes de précaution, de la déontologie médicale et du Code de la santé publique. Car les effets « secondaires » de la Ritaline et du Concerta sont dévastateurs et même mortels. Ils se rangent dans deux catégories, comme toute drogue d’ailleurs. Il y a l’aspect physiologique et l’aspect psychologique. Je vais vous en donner un bref aperçu. Il suffit de se tourner vers le docteur Breggin, professeur de psychiatrie, directeur de l’International Center for the Study of Psychiatry and Psychology (ICSPP – Centre international pour l’étude de la psychiatrie et de la psychologie), qui en a publié une liste assez complète.

En voici des extraits :

Sur le plan physiologique : mal au ventre, migraines, palpitations, anorexie, dégradation des cellules cérébrales, troubles de la croissance, troubles des fonctions sexuelles, constriction des vaisseaux sanguins, accidents cardiaques, crises cardiaques, décès consécutifs à un accident cardiaque (et j’ajouterai : cœur de cocaïnomane…)

Sur le plan psychologique : anxiété, peur, insomnie, inattention, colère, hallucinations, dépression, retrait social, idées suicidaires, passage à l’acte suicidaire, automutilation, envies de meurtres, actes de tueries (et j’ajouterai : dépendance physique et mentale…).

Les psychiatres prescripteurs de cette drogue affirment aux parents que la Ritaline éveille l’intérêt, stimule les fonctions mentales et que les professeurs remarquent un regain de performances scolaires chez les enfants qui en prennent. Ils ajoutent que ce serait indigne de la part de parents de laisser leur enfant subir une souffrance injuste en refusant cette prescription. Effectivement, ils ont raison, et c’est typique des amphétamines : elles donnent « la pêche », elles décuplent les performances intellectuelles, ce sont des stimulants du système nerveux. Mais ce sont des stimulants éphémères et toxiques. Après l’illusion vient la chute aux enfers.Le docteur Breggin a déclaré devant le Congrès américain, en septembre 2000 :« Il est important de comprendre que le diagnostic de TDAH a été développé spécifiquement dans le but de justifier l’utilisation des drogues visant à modifier le comportement des enfants en classe. […] De plus, alors que certains comportements sont inhibés pour une durée de quelques semaines, il n’existe aucune preuve tangible de l’amélioration du comportement scolaire, social ou psychologique.

Au contraire, les preuves existent démontrant une altération des fonctions cognitives, un retrait social et l’existence d’un état dépressif.» Le neurologue et pédiatre californien Fred Baughman, membre de l’Académie américaine de neurologie, fait partie, comme le professeur Szasz et le docteur Breggin, des plus grands experts internationaux indépendants des troubles psychiques infanto-juvéniles. Le témoignage particulièrement poignant qu’il a communiqué en novembre 2001 à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe est transcrit dans un document intitulé Procès du diagnostic et du traitement du TDAH et des troubles associés et de leurs traitements par des stimulants).

En voici un extrait :« Les enfants dont je vais vous parler ne sont plus hyperactifs ou ne sont plus inattentifs, ils sont morts. Entre 1994 et 2001, on m’a consulté au point de vue médical ou légal, de façon formelle ou informelle, dans plusieurs cas de décès : Stéphanie, 11 ans, à qui on a prescrit un stimulant, décédée d’arythmie cardiaque ; Matthew, 14 ans, à qui on a prescrit un stimulant et mort de cardiomyopathie; Macauley, 7 ans, à qui on a prescrit un stimulant et trois autres psychotropes, mort d’un arrêt cardiaque; Travis, 13 ans, à qui on a prescrit un stimulant et décédé de cardiomyopathie ; Randy, 9 ans, à qui on a prescrit un stimulant et plusieurs autres drogues, mort d’un arrêt cardiaque… C’est un lourd prix à payer pour le “traitement” d’une “maladie” inexistante. »

Les meurtres inexpliqués qui sont perpétrés sporadiquement dans des écoles américaines par des adolescents brusquement devenus hyperviolents comme la tuerie de Virginia Tech ou celle de Columbine, auraient un rapport direct avec la généralisation des drogues psychiatriques parmi les élèves. Je soupçonne également l’influence des drogues psy sur l’apparition du caractère irrationnel de certains adolescents qui se démarquent du modèle ambiant – mais tout enfant aime à se singulariser, ne serait-ce que pour tenter de s’affirmer dans un monde d’adulte peu tolérant à son égard.

Prenez l’exemple de la mode macabre qui nous vient apparemment d’Angleterre. Vous savez, l’univers des « gothiques », le goût marqué pour le satanisme, les défis que se donnent parfois certains d’entre eux vis-à-vis d’actes extrêmes comme le suicide, du style « T’es pas cap de sauter… », ce « romantisme noir » où l’on s’adonne à l’occultisme morbide… C’est une extrapolation de ma part car je n’ai pas fait de recherches à ce sujet. Eh bien voici une piste à suivre pour les autorités de prévention sanitaire du simple fait que tout ce qui est orienté vers la mort et la destruction des valeurs morales, sociales, familiales et individuelles a toujours été historiquement, de près ou de loin, associé à la drogue.

Soit dit en passant, l’Angleterre, pays de fantômes et de murailles en créneaux, d’où nous vient ce culte d’outre-tombe, est une nation qui voit partir chaque matin à l’école pas moins de 300 000 élèves sous cure de Ritaline. Là-bas, il y a un mot pour décrire cette drogue : « the kiddie cocaine » (« la cocaïne des gosses »).

Verrons-nous cela arriver en France ?

Alors une autre question se pose. Qu’est-on en train de faire de nos enfants ? Comment façonne-t-on la nouvelle génération ? Pour l’instant, il semble qu’ils soient devenus la cible silencieuse d’un marché représentant un potentiel de rentabilité commercial énorme dans lequel écouler des molécules recyclées, remises au goût du jour, autrefois prescrites pour la schizophrénie ou l’hyperkinésie, aujourd’hui indiquées dans des troubles mentaux inventés pour la circonstance et pour relancer les actions des sociétés. Un marché juteux où les enfants rendus psychotiques par centaines de milliers devront suivre d’autres cures, d’antidépresseurs cette fois, quand les amphétamines les auront rendus fous, accros, dépendants, et qu’ils ne réagiront plus au méthylphénidate parce qu’ils seront sidérés par cette drogue. Cela s’appelle « créer la demande » et « fidéliser la clientèle le plus tôt possible ». Mais il faut un aval « scientifique » pour justifier ces nouvelles molécules prometteuses : c’est la psychiatrie neurobiologique alliée à cette industrie.Des voix se font entendre un peu partout pour dénoncer ce scandale.

Ainsi l’Agence européenne du médicament, dans un communiqué de presse du 25 avril 2005, s’exprimait en ces termes : «Des comportements de type suicidaire (tentatives de suicide et idées suicidaires) et de type hostile (principalement agressivité, comportement d’opposition et colère) ont été plus fréquemment observés au cours des études cliniques chez les enfants et adolescents traités par antidépresseurs par rapport à ceux traités par placebo. […] Le Comité scientifique de l’Agence recommande en conséquence d’introduire un avertissement sérieux dans toute l’Union européenne en direction des médecins et des parents au sujet de ces risques.»Comme l’a déclaré Thomas Szasz, professeur émérite de psychiatrie, cofondateur de la Commission des citoyens pour les droits de l’Homme : « Lorsque les responsables de l’école disent à une mère que son enfant est malade et doit prendre des psychotropes, comment peut-elle savoir que c’est tout simplement un mensonge? Comment peut-elle reconnaître que ce que les experts appellent maintenant ” Trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité ” n’est tout simplement pas une maladie ? Cette mère n’est pas experte dans l’histoire de la psychiatrie. Elle ne sait pas que, depuis des centaines d’années, les psychiatres utilisent des termes de diagnostic, de prétendus termes de diagnostic, pour marquer les gens d’infamie et les contrôler. […] Étiqueter un enfant comme malade mental, c’est le marquer du sceau de l’infamie, ce n’est pas un diagnostic. Donner à un enfant une drogue psy, c’est de l’empoisonnement, pas un traitement.»

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HARO SUR LA PSYCHANALYSE par Guy Delaunay - Colloque CAP-LC du 2 juin 2007

Introduction

“Lorsqu’ils ont arrêté les communistes, je n’ai rien dit car je n’étais pas communiste. Ils sont venus pour les socialistes, et je n’ai rien dit car je n’étais pas socialiste. Ils sont venus pour les dirigeants syndicaux, et je n’ai rien dit car je n’étais pas dirigeant syndical. Ils sont venus pour les juifs et je n’ai rien dit, car je n’étais pas juif. Puis ils sont venus pour moi et il ne restait plus personne pour dire quelque chose. » Pasteur Niemöller

Aussi dangereuse qu’insidieuse, une campagne obscurantiste se développe. Elle vise la psychanalyse et toutes les psychothérapies relationnelles qui considèrent que le traitement de la souffrance psychique ne saurait relever de la seule médecine ou de techniques dites « scientifiques. »

Il me semble important en préambule pour bien marquer les différences de définir, rapidement, la psychanalyse par rapport à la science et la psychanalyse par rapport à la psychothérapie.

I - Science et psychanalyse ?

Son fondateur, Freud a tenté sa vie durant de la faire reconnaître comme une science. Qu’en est-il exactement ? Avant d’être une théorie, la psychanalyse est une « praxis » qui vise à la transformation du sujet. La cure n’est ni une technique, ni un acte chirurgical, ni un médicament mais une expérience singulière qui transforme un sujet. La psychanalyse survient après « l’avènement de La science », elle en est une conséquence logique, cela veut dire qu’elle ne « s’identifie pas complètement à la science contrairement à ce que semblait croire Freud lui-même. » La psychanalyse « répond aux effets de la science. Ces effets, on le sait bien, changent complètement la réalité. Mais ce que l’on dit moins, c’est que ces effets sont ravageants et destructeurs pour le sujet ». Le savoir de la science s’introduit dans notre réel « parce qu’il permet la production de tous ces objets qui envahissent notre quotidien, qui créent le nouveau monde que nous habitons. Dans cette situation, « la question de la vérité ultime est laissée en suspens », Descartes, le premier, avait ouvert la voie en la renvoyant vers un Dieu non trompeur.

Dans l’émission Radiophonie, Jacques Lacan aborde la question des sciences de l’homme. En substance, il affirme que si « science de l’homme » il doit y avoir, elle ne saurait se constituer qu’en fonction de la spécificité de son objet. Cet objet, c’est le sujet précisément et non pas « l’homme », par-delà les mirages d’une objectivité que Lacan n’aura de cesse de dénoncer jusqu’à définir la science comme « une idéologie de la suppression du sujet ».

Illustrons notre propos : la politique que mena Hitler fut servie « par des scientifiques de haut niveau, parmi lesquels un nombre impressionnant de médecins. Ceux-ci, psychiatres, biologistes, généticiens et anthropologues qui collaborèrent à l’entreprise nazie, écrit Benoît Massin, n’étaient pas des psychopathes marginaux, mais souvent les figures les plus en vue de leur communauté scientifique. Leur engagement découlait de la tradition centrale de la recherche anthropologique et biomédicale allemande depuis soixante ans. »

Le discours capitaliste actuel, qui est un des avatars appauvri du discours de la science, devient le modèle des rapports de fonctionnement entre les êtres humains et vient masquer cette question en la comblant. Faire croire aux consommateurs que nous sommes que le dernier gadget inventé va nous satisfaire, nous rendre heureux, tente de fermer cette question du sujet qui se signe du désir, du manque-à-être, d’insatisfaction, de ratage… D’où le malaise de plus en plus grand dans nos sociétés.

Il n’est pas inutile de rappeler ici la phrase de Freud dans le Malaise dans la Civilisation : « Ce qui commença par le père s’achève par la masse ». Freud, de manière prémonitoire, nous rappelle les deux extrémités de la chaîne, d’un côté le père, (remarquons rapidement que les responsables, les « gourous» auxquels s’en prend la presse et la Justice sont la plupart du temps des figures paternelles). De l’autre, la masse, les sondages sont un exemple marquant de l’abandon d’un projet politique pour un pays. C’est l’opinion de la majorité qui devient la mesure des réformes à entreprendre et la réflexion politique a, trop souvent, pour mesure de son action les sondages. Lacan dans le Séminaire sur les Psychoses tente de définir la fonction paternelle : « La fonction être père n’est absolument pas pensable dans l’expérience humaine sans la catégorie du signifiant ». La fonction paternelle n’est pas naturelle, elle ne se conçoit que du registre symbolique, c’est-à-dire de toute une trame d’histoire, d’humanité qui lui donne son assise et valide son existence. Autrement dit, personne ne peut être père seul, même dans sa propre famille. Reconnaissons qu’actuellement cette fonction est critiquée de tout côté et cette mise en question va de pair avec la disparition du sujet à laquelle nous amène insidieusement le discours de la science.

Lacan nous rappelle que la psychanalyse « est essentiellement ce qui réintroduit dans la considération scientifique, le Nom-du-Père ». Et si elle se trouve, dans ce moment de l’histoire, interrogée elle-même sur son propre devenir, Jean Claude Guillebaud déclare, cependant, : « […] face à l’irresponsabilité et à la bêtise qui colonisent l’air du temps, les cabinets de psychanalystes deviennent paradoxalement des lieux de résistance. Dans ces lieux, ce ne sont plus seulement les patients individuels qui viennent chercher une « guérison », c’est à travers eux la société elle-même .»

II- Psychanalyse et Psychothérapie

Dès sa naissance, la psychanalyse s’est trouvé en conflit dans tous les pays avec les autres formes de psychothérapie. En France, la psychanalyse a toujours été regardée comme la discipline reine qui s’est développée tant du côté de la psychiatrie qu’avec l’aide de la littérature et des intellectuels. Les psychanalystes ont, souvent, traité les psychothérapeutes avec condescendance, la psychanalyse ne s’occupant pas de soigner elle doit garantir au patient le libre exercice de son désir, la « guérison » venant par surcroît. Formé à la psychanalyse dans le courant de la psychothérapie institutionnelle avec des soignants comme François Tosquelles, Lucien Bonnafé, Jean Oury, Claude David et tant d’autres cette dichotomie m’est toujours apparue exagérée. Elaborée au lendemain de la seconde guerre mondiale par des psychiatres, des psychologues, des psychanalystes, des infirmiers… qui avaient connu, subi l’enfermement, la lutte, la résistance, la psychothérapie institutionnelle disait François Tosquelles marche sur deux jambes : Freud et Marx, elle est devenue un outil majeur de désaliénation des services psychiatriques.Devant un psychotique qui délire, la psychanalyse m’a toujours paru un outil précis, rigoureux pour le soigner, faire cesser son délire par la parole.

Etais-je psychothérapeute, psychanalyste ? La question me semble de peu d’intérêt, ce qui par contre me semble capital c’est l’outil théorique de compréhension des phénomènes humains que permet la psychanalyse. Retenons cette phrase de Jacques Lacan, à la fois réflexion théorique et approche clinique : « Et l’être de l’homme non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté. »

III - La nouvelle « chasse aux sorcières » contre la psychanalyse

Chronologie

Les prémisses : depuis les années 1970-1980 bien de témoignages ou des plaintes ont été adressés au Ministère de la Santé ou à des associations de vigilance par des patients qui s’estimaient abusés par leur psychothérapeute. Ces témoignages sont régulièrement évoqués pour démontrer que les écoles de psychothérapie seraient en réalité des officines sectaires. Face à ces attaques, vers 1995, les associations de psychothérapeutes français entreprennent des démarches pour obtenir l’Institution d’un Office des professions de santé non médicales garanti par les services publics.

Bernard Accoyer, député et médecin, s’engouffre dans la brèche pour proposer en 1999 un 1er amendement visant à faire passer sous le contrôle du pouvoir médical l’ensemble des activités des psychothérapeutes.Les psychothérapeutes contre-attaquent, plusieurs projets de loi sont déposés pour demander, en réaction à cette tentative, la reconnaissance d’un statut de psychothérapeute garanti par une formation dispensée dans des Institutions privées, agréées par le ministère de la Santé. Les psychothérapeutes cherchaient à inclure dans une reconnaissance commune les quatre professions du psychisme : psychiatre, psychologue, psychothérapeute et psychanalyste. Crime de lèse-majesté pour ces derniers qui ne veulent pas être assimilés aux psychothérapeutes !

Les manœuvres législatives et administratives

Il est intéressant pour notre propos de souligner les intentions de « l’amendement Accoyer » :

1) Proposition ACCOYER :

a. 26 avril 2000 dépôt d’une proposition de Loi : « relative à la prescription et à la conduite des psychothérapies » ou comment protéger le public contre les risques d’infiltration de ces thérapies par les sectes

b. Exposé des motifs (extraits) : « Mesdames, Messieurs : En l’absence de disposition du code de la santé publique concernant l’usage des psychothérapies, quiconque le souhaite actuellement peut actuellement « visser sa plaque » et prétendre « soigner ». D’une part, cette situation favorise les risques sanitaires. De trop nombreuses personnes insuffisamment qualifiées, voire non qualifiées se proclament elles-mêmes « psychothérapeutes » pouvant faire courir de graves dangers à des « patients » qui par définition sont vulnérables et risquent de voir leur détresse ou leur pathologies aggravées. D’autre part la situation actuelle facilite l’usage détourné de ces techniques à des fins de manipulation. Ainsi, le rapport interministériel de lutte contre les sectes remis en février 2000 au Premier Ministre signale que certaines techniques psychothérapiques sont devenues un outil au service de l’infiltration sectaire et il suggère au secrétariat d’Etat à la Santé de cadrer ces pratiques. C’est la raison pour laquelle j’avais d’ores et déjà déposé le 13 octobre 99 avec 81 collègues une proposition de loi n° 1844 visant à réserver l’usage du titre de psychothérapeute à des personnes titulaires de diplômes universitaires… ».

Dans cette première rédaction, il subordonne toute psychanalyse ou psychothérapie relationnelle à la psychiatrie et la psychiatrie en référence aux thérapies comportementales et cognitives.

2) Vote de l’amendement au code de la Santé dit amendement Accoyer : 8 octobre 2003 et devant 13 députés qui déclenche une polémique entre toutes les corporations : psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes, psychiatres.

3) L’UNADFI ne peut laisser passer une telle aubaine. Elle demande, en décembre 2003, un renforcement des mesures préconisées par l’Amendement Accoyer.

Citons quelques lignes de leur « argumentation » :

a. apparition d’un marché psychospirituel, foisonnement de méthodes non éprouvés scientifiquement, non adéquates,

b. Multiplication de psychothérapeutes autoproclamés, non formés, non contrôlés, avec des victimes de psychothérapies abusives ( ?)

c. Mise en œuvre du transfert ou contre transfert qui débouche sur une mise en état de faiblesse de patient, d’un état de sujétion physique ou psychologique, qui peut aboutir à une dépendance sectaire

d. Les mêmes observations peuvent être faites pour le monde médical…Définition des psychothérapies selon l’UNADFI : « des actes de soin qui utilisent des mécanismes psychologiques suivant des techniques standardisées, appuyées sur des bases scientifiques structurées dans le temps et permettant d’obtenir des résultats. »CE QUI REVIENT À DIRE QUE TOUT CE QUI EST DE L’ORDRE DE LA PAROLE ET QUI N’EST PAS QUANTIFIABLE RISQUE D’ETRE TAXE DE SUJÉTION ou de MANIPULATION. Nous sommes proches des propos du rapport de l’Inserm !

Les manœuvres pseudo-scientifiques

Deux entreprises, qui ne sont ni conjecturelles, ni anodines viennent enfoncer le clou :

1) Le Rapport de l’Inserm de février 2004:

Extraits :« Dans le cadre du plan santé mentale mis en place par le ministère de la Santé en 2001, la DGS a souhaité disposer d’un état de lieux de la littérature internationale sur les aspects évaluatifs de différentes approches psychothérapiques.

Pour répondre à cette demande, l’Inserm a, dans le cadre de la procédure d’expertise collective, réuni un groupe d’experts comprenant des psychiatres, psychologues, épidémiologistes et biostatisticiens… ». L’intention est claire dès cet avant-propos du rapport de synthèse, aucun psychothérapeute ou psychanalyste n’est sollicité pour faire partie de ce groupe d’ « experts ».

Continuons : « Le choix d’une mesure d’efficacité est sûrement le point méthodologique le plus important. En effet, d’une part il est nécessaire de résumer cette efficacité au moyen d’une seule variable alors que généralement l’efficacité thérapeutique comporte plusieurs facettes (intégrant notamment les effets secondaires) ; d’autre part, la définition même de cette efficacité pose souvent problème […] Quoiqu’il en soit, ces mesures doivent être validées avec précaution à l’aide d’une méthodologie adaptée, pour l’essentiel issue de la psychométrie. »

Dans la suite du rapport, il est question de test statistique, de « placebo de psychothérapie »…

En résumé :

   1. la visée est que toute psychothérapie relationnelle, toute psychanalyse doit être subordonnée à la psychiatrie – à une certaine psychiatrie - : les thérapies comportementales et cognitives (TCC), pour lesquelles les analyses du comportement expliqueraient l’ensemble des souffrances psychiques et donc prépareraient leur guérison !

   2. La méthode est une pseudo-évaluation en comparant - sans analyse concrète – l’effet des TCC et ceux de la cure analytique ou des différentes formes de psychothérapies relationnellesc. Le modèle pour toutes les thérapies doit être le modèle des TCC avec un engagement sur le résultat, une durée standardisée de traitement… Comme si des démarches aussi différentes, reposant sur des prémisses et procédant de méthodes aussi dissemblables, pouvaient être comparés avec des méthodes d’évaluation qui plaquent, purement et simplement, les présupposés des premières sur les secondes.

Dans le pays le plus freudien du monde, la psychanalyse est vouée au pilori par d’obscurs experts du pouvoir médical, soucieux de bannir, non seulement de la cité mais de la réflexion humaine celui qu’ils considèrent comme le plus grand « charlatan » de toute l’histoire : Freud.(Ce rapport a soulevé tellement de réactions que le ministre de l’époque - M. Douste-Blazy- l’a retiré du site officiel du gouvernement).

2) Le livre « noir » de la psychanalyse : septembre 2005Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les médias à se méfier des traitements psychanalytiques. Le titre est d’ailleurs éloquent : l’expression “livre noir” renvoie à l’existence de complots ou de massacres occultés. L’idée de “penser sans Freud” signifie clairement que la pensée freudienne ne doit pas être enseignée puisqu’elle est une fausse science. Dois-je rappeler qu’elle figure au programme du baccalauréat et qu’elle n’appartient nullement à la communauté psychanalytique mais à l’histoire de la culture occidentale ? Les patients sont invités à quitter leurs thérapeutes pour rejoindre ceux qui, aujourd’hui, seraient les seuls à pouvoir guérir l’humanité de ses problèmes psychiques : les thérapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC). Cette proposition laisse entendre également que la psychanalyse serait dénuée de tout savoir clinique. Veut-on signifier par là qu’elle ne serait pas à sa place dans les départements des universités où l’on enseigne la psychopathologie ? On peut se le demander.Les psychothérapeutes de toutes tendances sont accusés d’être les valets de la fausse science freudienne et les émules de ses représentants. Ils sont appelés à rejoindre les rangs de la véritable science (TCC) et de se détacher des freudiens obscurantistes.

Philippe Douste-Blazy (prédécesseur de Xavier Bertrand) est brocardé pour avoir retiré le rapport de l’INSERM du site du Ministère de la Santé. Il est accusé d’avoir “prémédité” son geste - on emploie d’ordinaire ce terme pour un crime ou un délit - avec la complicité de lacaniens fanatiques et intellectualisés, adeptes d’un maître qui aurait poussé au suicide toute une population de patients. On oppose ainsi, dans un prétendu débat objectif, le représentant d’une religion obscurantiste à un véritable savant et qui prétend, par exemple, guérir la phobie des araignées en dix séances en proposant à des patients de se confronter d’abord à une araignée, puis à un troupeau d’araignées : la main, le bras, le corps entier […] » Extraits d’un article d’Elizabeth Roudinesco. La guerre des psy…

D’un côté le législateur cherche à mettre au pas « médical » toutes les sciences du psychisme et dans le même temps les psychanalystes se mènent une véritable guerre qui aboutit le 12 Décembre 2003 à la signature d’un protocole entre certaines Ecoles de Psychanalystes et le Ministère de la Santé (environ la moitié des analystes français).

« Face à un ministre bienveillant et désireux d’inscrire dans le Code de la santé publique une loi susceptible de « sécuriser » les « usagers » (c’est-à-dire les patients atteints d’un grand « mal de vivre ») contre les charlatans (c’est-à-dire les psychothérapeutes), les psychanalystes ont réclamé d’être dispensés de toute forme de surveillance étatique, en échange de quoi ils ont remis officiellement entre les mains de l’Etat protecteur la « liste » de leurs membres consignés de longue date dans des annuaires disponibles à qui veut les consulter. »

Les conséquences sont dramatiques :

   1. Le monde des psychanalystes est coupé en deux. Ceux qui acceptent de déposer les listes à la Préfecture vont devoir, à la place des instances administratives, dénoncer, eux-mêmes, leurs collègues comme « charlatans » ou « déviants » !!

   2. Les psychothérapeutes sont isolés

   3. La psychanalyse s’inféode à un pouvoir étatique

   4. Un privilège discriminatoire est accordé aux psychanalystes qui ont accepté cette manœuvre.Quel est le prix à payer, pour renoncer à toute éthique ? C’est « un pacte de servitude volontaire. Pour ne pas être désignés d’office comme des charlatans au même titre que les psychothérapeutes non diplômés, et pour ne pas être évalués par des représentants du pouvoir médical, qui se sont ainsi octroyé le droit de désigner ce qu’est ou n’est pas un thérapeute de l’âme, les psychanalystes engagés dans ce pacte ont gagné en exception ce qu’ils ont perdu en liberté. Ayant renoncé à leur éthique, ils pourront dorénavant se livrer entre eux, sans limite et en toute jouissance, à une chasse aux annuaires afin de mieux exclure, sans même que l’Etat s’en mêle, ceux qui, dans leurs corporations, seraient susceptibles d’être désignés comme des charlatans. »

Au moment où il aurait nécessaire de faire front commun devant cette volonté de main mise étatique sur les sciences du psychisme, comme souvent la dissension intérieure va accélérer et cautionner les projets de l’état. Les psychanalystes signataires de ce pacte sont donc entrés dans la spirale infernale de la dénonciation et favorisent, à l’intérieur même de leur champ professionnel, une chasse aux sorcières. Rappelons, la position de Freud en 1926, prenant la défense de son ami Théodor Reik accusé d’être un « charlatan » parce qu’il pratiquait la psychanalyse sans être médecin : « Permettez-moi de donner au mot « charlatan » le sens auquel il a droit et non pas sa signification légale.

Pour la loi, est charlatan celui qui soigne des malades sans pouvoir prouver qu’il possède un diplôme médical d’Etat. Je préférerais une autre définition : est charlatan celui qui entreprend un traitement sans posséder les connaissances et capacités requises. M’appuyant sur cette définition, je me risque à affirmer que – pas uniquement dans les pays d’Europe – les médecins fournissent à l’analyse son plus gros contingent de charlatans. Très souvent ils pratiquent le traitement analytique sans l’avoir appris et sans le comprendre. »

Notons la prise de position de nombreux psychanalystes qui refusent à la fois un statut d’Etat pour leur discipline ou un ordre professionnel sur le modèle de l’Ordre des Médecins, mis en place par l’Etat Vichyssois.

La situation en mai 2007

Suite des avatars législatifs : les ministres de Mattéi à Xavier Bertrand en passant par Douste-Blazy sont en désaccord entre eux, tellement la loi suscite d’oppositions dans les milieux psy, chez beaucoup de députés et aussi parce qu’elle est complètement inapplicable !

1) Plusieurs navettes entre le Sénat et l’Assemblée ont lieu pour aboutir à l’Article 52, cinquième rédaction de l’amendement Accoyer, publié au Journal Officiel le 11 août 2004

« -1- L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

-2- L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’Etat dans le département de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la disposition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s’impose aux personnes qui, après deux ans d’interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute.

-3- L’inscription sur la liste visée à l’alinéa précédent est de droit pour les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi no 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations.

-4- Un décret en Conseil d’Etat précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théoriques et pratiques en psychopathologie clinique, délivrées par un établissement d’enseignement supérieur ou par un organisme agréé par l’État, que doivent remplir les personnes visées aux deuxième et troisième alinéas.»Notons, au passage, la contradiction entre les deux derniers alinéas !

Mais, ce n’est pas fini, aucun décret d’application n’étant promulgué. Monsieur Accoyer persiste :

2) Nouveaux amendements de Janvier 2007, les amendements 104 et 105Dans une lettre au Premier Ministre du 13 décembre 2006, avant l’examen à l’Assemblée Nationale, on peut lire : ceux qui critiquent les avants projets de décret de l’article 52 de la loi du août 2004 sont des « organisations peu représentatives » et mus « la plupart du temps par la préservation d’intérêts financiers ou sectaires » […] et encore : « nous connaissons malheureusement l’influence de cette mouvance où les pressions et manipulations constituent des pratiques habituelles. »

Et dans un interview au journal Le Monde du 14 janvier 2007, Bernard Accoyer insiste : le dernier avant-projet de décret élaboré par le Ministre Xavier Bertrand était « un compromis passé avec des gens autoproclamés psychothérapeutes, qui ne sont que des charlatans. »

Propos injurieux, thèse du complot, secte, haine … tout y est ! Ce qui est surprenant c’est l’obstination à vouloir absolument décréter sur la base d’un texte totalement contradictoire dans ses termes, et c’est le consentement, à ce que cette question légitime soit continuellement instrumentalisée par d’autres causes et tout particulièrement par la croisade que mènent un certain nombre d’adeptes du comportementalisme et des thérapies cognitivo-comportementales pour tenter de disqualifier à la fois la psychanalyse et les psychothérapies relationnelles, en se servant de la thèse de manœuvres sectaires.

Les deux nouveaux amendements que M. Accoyer vient de faire adopter à l’Assemblée Nationale relèvent de cette double dérive.

Février 2007 : Le Sénat vote la suppression des 2 amendements ACCOYER. Une commission paritaire doit se réunir pour se prononcer de nouveau.

Mai 2007 : la disparition de la clinique est programmée. Citons le début du manifeste Sauvons la clinique, signé, en moins d’un mois, par plus de 5000 praticiens et enseignants :« Après la disparition de la psychopathologie et de la psychanalyse de la formation des psychiatres, au profit de modélisations neurobiologiques et comportementalistes, c’est celle des psychologues cliniciens qui est aujourd’hui clairement visée par les instances d’habilitation de leur formation. Depuis plusieurs années, les universitaires qui ont en charge cette formation voient s’étendre dans l’appareil de l’Etat la volonté de domination des partisans de l’éviction de la psychanalyse et de la psychopathologie, à tous les niveaux des organisations qualifiantes de l’enseignement et de la recherche. La nouvelle configuration qui a émergé récemment ne laisse plus de doute sur cette volonté qui ne s’embarrasse plus de faux-semblants. C’est la dernière étape d’une course contre la montre dont le terme, à brève échéance, devient prévisible.

En même temps, dans les institutions de soin, nous constatons que la présence de la psychanalyse est l’enjeu d’une lutte dans laquelle les simulacres gestionnaires, l’ingénierie de l’évaluation, la médicamentation systématisée et exclusive, les dispositifs d’isolement des symptômes et de leur traitement expéditif, font une chasse réglée à la clinique de la subjectivité. Ici et là, nous assistons régulièrement à des écroulements locaux qui résultent soit de stratégies de harcèlement et d’épuisement des équipes, soit de neutralisations foudroyantes par ingestion ou dispersion. La psychanalyse n’a pas à faire seulement à des détracteurs, mais à une convergence de processus de démolition. Ce n’est plus le temps des signes assassins, mais des actes et des machines qui avancent à tombeaux ouverts. »

La politique actuelle avance, désormais, sans masque, elle vise à la liquidation de la clinique de la « subjectivité » dans les institutions de soin et de formation au profit des TCC « pseudo-scientifiques. » Il s’agit clairement de discréditer la psychanalyse et toutes les formes de psychologie relationnelle sous le prétexte de les soumettre à des règles « scientifiques », médicales et psychiatriques. Et cela sous le biais de contrôle pour la « sécurité des patients ». Il suffit d’affirmer que les écoles, les psychanalystes ou les psychothérapeutes qui refusent ce contrôle - pour le bien de l’usager - sont des « charlatans » suspects de se servir de ces techniques dans des buts sectaires. Nous avons le retour en masse de la science dont parlait Jacques Lacan : « une idéologie de la suppression du sujet ».

Au-delà du sort de la psychanalyse c’est celle du sujet humain qui est en jeu, de tout homme. Beaucoup de concepts analytiques sont passés dans les techniques des psychothérapeutes sinon dans le langage ou la culture de notre époque : le complexe d’Œdipe, le transfert, le lapsus… Au delà de la psychanalyse c’est, donc, tout un pan de la culture de notre époque qui est remis en cause. Une question n’est jamais posée dans ce débat, c’est celle de la liberté de penser donc de se tromper !

Notons cette phrase, écrite en conclusion de l’Ethique de la Psychanalyse : « Je crois qu’au long de cette période historique, le désir de l’homme longuement tâté, anesthésié, endormi par les moralistes, domestiqué par des éducateurs, trahi par les académies, s’est tout simplement réfugié, refoulé dans la passion la plus subtile et aussi la plus aveugle comme nous le montre l’histoire d’Œdipe, la passion du savoir. C’est celle-là qui est en train de mener un train qui n’a pas dit son dernier mot. » Cette passion du savoir qui prend à notre époque le voile ou le masque de la science.

Conclusion :

Un psychanalyste en prison ! Suite à des dénonciations d’anciens patients ou membres de la communauté qu’il anime, Claude David, psychanalyste, après une intervention policière, digne des groupes d’assauts utilisés dans la lutte contre le terrorisme, a été incarcéré le 19 janvier 2007. Quatre mois plus tard, il vient d’être libéré avec l’interdiction de résider dans sa région et de reprendre son travail. La lutte pour la reconnaissance de son innocence continue. A travers cet homme, dont l’œuvre est saluée par les grands noms de la psychothérapie institutionnelle, de la psychiatrie, par des penseurs et des artistes, ce qui est visé c’est la psychanalyse elle-même.Il est accusé d’avoir commis des abus de faiblesse, des abus d’autorité, des abus de fonction. Or, il est psychanalyste et les « victimes » supposées, prétendues, présumées, sont d’anciens patients, voire des psychologues en formation. Il faut craindre ces témoignages et ces paroles de « victimes » lorsqu’ils s’insèrent dans le double contexte de la psychanalyse et de l’accusation de « secte. »

Les « victimes » sont peut-être aujourd’hui en souffrance, mais quelle est la véritable origine de cette souffrance ? N’est-elle pas à trouver dans leur instrumentalisation par des officines privées dont le rôle évident est de réveiller l’esprit d’inquisition et de délation et s’apparente dans bien des cas, aux procès en sorcellerie, où la rumeur tenait lieu de preuve ?

Dans le procès qui lui est fait, si l’on parvient à soutenir que la technique psychanalytique est un instrument de « sujétion psychologique », c’est un pas de plus qui aura été franchi vers la disparition de cette « praxis du sujet. » Et par delà les attaques dont M. David fait l’objet, nous devons nous insurger contre la mise en place, sous le prétexte du « principe de précaution », d’une véritable « police de la pensée. »

Je voudrais terminer ce tableau, forcément incomplet et trop rapide , des tribulations actuelles de la psychanalyse par une phrase du Talmud envoyée par une psychanalyste israélienne lors de la radiation de Jacques Lacan de l’Association Internationale de Psychanalyse :« Si une ville est assiégée et en danger de périr et que l’assiégeant propose de lever le siège si on ne livre pas un homme, la ville doit périr plutôt que de livrer cet homme. Même si cet homme est un criminel, même s’il doit être exécuté le jour même. » Ce sont là des images extrêmes, ajoutait cette psychanalyse, […] mais le schéma moral reste le même.

Méditons cette phrase aujourd’hui plus que jamais !